LIVRE XXVIII
suivre les détails ni donner à toutes les troupes une direction utile.
Dans l'intérêt des finances comme dans celui du * commandement, il fallait profiter du vide immense qui s'était fait dans les rangs de l'armée pour ia réorganiser de fond en comble et la nationaliser, suivant l'expression de Dubois-Crancé.
Ce résultat devait être obtenu, selon le rapporteur, par trois mesures principales : i° accorder la même solde aux troupes de ligne qu'aux volontaires; 2° composer de nouveaux régiments en amalgamant un ancien bataillon de ligne et deux bataillons de volontaires; 3" appliquer aux nouveaux régiments un mode d'avancement où se trouveraient combinés l'élection, alors en usage dans la(garde nationale sédentaire et active, avec les droits de l'ancienneté, et la faculté du choix, régime maintenu dans les troupes de ligne.
Les débals que souleva le rapport de Dubois-Crancé occupèrent plusieurs séances; les opinions les plus divergentes se manifestèrent. Essayons de donner une idée de la discussion en citant quelques passages des discours des principaux orateurs qui, du reste, firent souvent plutôt assaut d'éloquence et d'enthousiasme que de logique et d'expérience1.
Barère. — » Il est impossible de vouloir en ce moment réorganiser l'armée. Les bataillons de volontaires, ces phalanges innombrables, dispersées partout,
■I. La discussion sur celte loi importante se prolongea depuis le 7 jusqu'au 21 février. Elle se trouve éparse dans le Moniteur du n" 41 ii h n" fil .
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
12*1 HISTOIRE DE r.A TERRKUR.
ne connaissent d'autre amalgame que celui de la liberté et de la victoire. La liberté ne veut pas de grands corps • d'armée. Des bataillons multipliés, divisés par leur régime,- sont les éléments de force publique les moins dangereux. Mais, d'ailleurs, dans l'état actuel comment pourriez-vous faire l'incorporation proposée parDubois- Crancé? L'armée de Valence est presque entièrement composée de troupes de ligne, celle de Dumouriez, presque entièrement de volontaires... Ignore- t-ori dans, quelle position nous sommes? Quarante-deux mille Prussiens sont aux portes de Longwy; Custine est entouré par une armée supérieure à la sienne ; les flottes d'Angleterre croisent dans nos mers; la Hollande et l'Espagne font de grands préparatifs...
— « Tant mieux! » s'écrie une voix partie de l'extrême gauche.
— « Oui, tant mieux! reprend Barère. Je connais les Français. Loin de diminuer leur courage, le nombre des ennemis ne fera que l'accroître. L'année dernière nous avons fait repentir l'étranger d'avoir osé souiller la terre de la liberté, et cependant nos armées présentaient le désordre d'une organisation nouvelle et précipitée. C'est encore avec ce désordre majestueux et imposant qu'elles feront la seconde campagne. Les despotes de Vienne, de Berlin, de Madrid et de Londres ne font ni discours, ni rapports, ni plans; ils réunissent, ils complètent leurs armées et nous présentent la bataille; acceptons-la. »
Saint-Just. — « L'unité de la République exige l'unité dans l'nrmée, La patrie n'a qu'un cœur. Il ne