‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. sixièmeChapitre 72 sur 246 · VI · texte numérisé non relu

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C'était, on le voit, une large porte ouverte à l'arbitraire des tyrannies locales, de toutes les plus difficiles à réprimer, les plus insupportables à subir. La Convention fit un pas de plus dans celte voie funeste en violant le principe de la non-rétroactivité ; elle déclara que les citoyens, qui s'étaient fait remplacer lors des levées précédentes, seraient encore obligés de concourir avec les autres citoyens à la levée actuelle.

En même temps que l'on réorganisait l'armée, il Fallait penser au nerf de la guerre, aux. finances. Mais il est encore plus facile de faire sortir de dessous terre les hommes que les écus. En pareille matière, il est dangereux de se ûer à l'enthousiasme d'une nation ; l'argent ne se laisse pas si facilement entraîner que les coeurs.

Cambon, l'organe habituel du Comité des finances, vient lé ivr février déroulera la tribune le tableau' peu rassurant de la situation. Son rapport constate les faits suivants :

Au 1er février 1793,, il a déjà été fabriqué pour plus de 3 milliards d'assignats. Défalcation faite de ceux rentrés et détruits, il en reste en circulation pour plus de 2 milliards 300 millions. Le Trésor public est à peu près vide, il n'existe plus en caisse qu'environ 30 millions. L'arriéré des contributions s'élève au chiffre énorme de 6Ù8 millions. Les receltes ordi-

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naires, tant pour les contributions directes que pour ies contributions indirectes1, montent à 220 millions; il est vrai qu'à ce chiffre s'ajoutent H raillions de dons patriotiques ; mais ii est difficile d'en espérer autant pour les années suivantes:

Depuis, que la guerre est commencée, la République dépense 200 millions par mois; il n'y .a que des ressources extraordinaires d'un genre tout particulier *qui puissent faire face à des dépenses si exorbitantes. Ces ressources sont les biens du clergé et ceux des émigrés. Des premiers l'on a déjà vendu pour 1,850 millions, il n'en reste à vendre que pour 380 millions. Il faut maintenant songer à faire ressource des seconds en y joignant les biens de la liste civile, ceux de l'ordre de Malte et des collèges, enfin les palais épiscopaux, qu'on reprendra aux nouveaux évêques moyennant le payement d'une indemnité de logement. Le nombre des émigrés peut être évalué à soixante-dix mille, et le chiffre de leurs propriétés à 5 milliards, dont 2 suffiront pour payer les dettes des anciens possesseurs.

a Les 3 milliards restant disponibles, ajoute Cambon, sont plus que suffisants pour mener à bonne fin la guerre contre les despotes européens. De cette manière, les anciens privilégiés, en s'armant contre nous, auront fourni les moyens de repousser les ennemis qu'ils nous

1, Lea contributions indirectes se composaient du produit des postes, des douanes, du timbre, de l'enregistrement, des messageries et des loteries (l'impôt du sel et du tabac ayant été aboli) ; elles produisaient 70,000,000. Les contributions directes se montaient à 150,000,000.

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suscitent, de maintenir la souveraineté nationale qu'ils dénient, d'établir la liberté et l'égalité qu'ils méprisent. »

Enfin, il est une autre ressource que le financier montagnard fait largement entrer en ligne de compte, c'est l'indemnité due à la République par les nations délivrées, grâce à nos armes victorieuses, du joug de leurs tyrans. « Les révolutions, dit-il , ne peuvent se 'faire avec des contributions extraordinaires, parce que ces contributions pèsent sur la partie laborieuse et indigente du peuple; elles ne peuvent se faire par des emprunts, parce que personne ne veut prêter à une nation qui, voulant être libre, n'a pas encore de gouvernement'. II ne reste donc d'autres ressources aux peuples affranchis que de réaliser la Valeur de leurs biens nationaux pour s'acquitter envers nous. C'est ce qu'ils feront, n'en doutez pas. »

Convaincue par les arguments du rapporteur, l'Assemblée adopte sans débat les conclusions du Comité des finances, qui propose de créer 800 millions de nouveaux assignats devant avoir pour. gage les biens des émigrés, puisque ceux du clergé sont déjà dévorés.

'1 . Dans un autre passage de son rapport, Cambon disait : « Si non* voulions dans ce moment contracter un emprunt, les yens à portefeuille, qui calculent sur la misère publique, nous diraient : A qui voulez-vous que nous prêtions? A la République française"? Nous nu ia connaissons pas. Il n'existe aucun gouvernement. Lorsque la Constitution sera terminée, si elle nous convient, nous verrons ce que nous aurons à l'aire. »

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