LIVRE XXVIII
rendaient, et si elle eût été toujours écoutée avec plus de complaisance que la flatterie mensongère.
« Vous savez, citoyens représentants, dans quel étal de désorganisation et de souffrance les armées de' la Belgique ont été mises par un ministre et par des bureaux qui ont conduit la France sur le penchant de sa ruine. Ce ministre et ces bureaux ont été changés, mais, bien loin d'être punis, Pache et Hassenfratz sont passés à la place importante de la mairie de Paris, et dès lors la capitale a vu se renouveler dans la rue des Lombards des scènes de sang et de carnage.
« Je vous ai présenté, au mois de décembre, dans quatre mémoires, les griefs qu'il fallait redresser; je vous ai indiqué les seuls moyens qui pouvaient faire cesser le mal et rendre à nos armées toute leur force ainsi qu'à la cause de la nation toute la justice qui doit être son caractère. Ces mémoire» ont été écartés;. vous ne les connaissez pas ; faites-vous les représenter, vous y trouverez la prédiction de tout ce qui nous arrive; vous y trouverez aussi le remède aux autres dangers qui nous environnent et qui menacent notre République naissante. Les armées de la Belgique, réunies dans le pays d'Aixla-Chapelle et de Liège, y ont souffert tous les genres de besoin sans murmurer, mais en perdant continuelle^ ment, par les maladies, les escarmouches avec l'ennemi, l'abandon de quantité d'officiers et de soldats, plus de la moitié de leurs forces.
« Ce n'est que depuis l'entrée du général Beurnonville dans le ministère qu'on commence à s'occuper de leur recrutement et de leurs besoins. Mais i! y a si peu de
temps, que nous éprouvons encore tout le fléau désorganisa teur dont nous avons été les victimes. Telle était notre situation, lorsque le 1" février vous ayez cru devoirs l'honneur de la nation la déclaration de guerre contre l'Angleterre et la Hollande. Dès lors, j'ai sacrifié tous mes chagrins, je n'ai plus pensé à ma démission que vous trouverez consignée dans rues quatre mémoires, je ne nie suis occupé que des énormes dangers et du salut de ma patrie ; j'ai cherché à prévenir les ennemis, et celte armée souffrante a oublié tous ses maux pour attaquer la Hollande.
« Pendant qu'avec de nouvelles troupes arrivées de France je prenais Bréda et Gerlruydemberg, me préparant à pousser plus loin ces conqdêtes, l'armée de la Belgique, conduite par des généraux remplis de courage et de civisme, entreprenait le bombardement de Maëstrichl.
« Tout manquait pour cette expédition ; le nouveau régime d'administration n'était pas encore établi; l'ancien était vicieux et criminel; on regorgeait de numéraire, mais les formes nouvelles qu'on avait mises à la trésorerie nationale empêchaient qu'aucune partie du service ne reçût d'argent.
a Je ne puis pas encore entrer dans le détail des causes de l'échec qu'ont reçu nosarmes, puisque je ne fais que d'arriver. Non-seulement elles ont abandonné l'espoir de prendre Maastricht,- mais elles ont reculé avec confusion et avec perte. Les magasins de toute espèce qu'on commençait à ramasser à Liège sont devenus la proie de l'ennemi, ainsi qu'une partie de l'artillerie