LIVRE X
charité de me soutenir et d'aider vous-mêmes à me porter où vous voulez que j'aille..» Ou satisfait à son désir; on le porte à la place même où vient d être assassiné Pévêque de Saintes, on le jette tout sanglant sur le cadavre encore chaud de son frère qu'il étreint en expirant.
A quelques pas de là, dans l'église même de Saint- Suipice, siégeait l'assemblée de la section du Luxembourg sous la présidence de Joachîin Ceyrat. L'égorgement durait encore quand plusieurs citoyens viennent demander aide et assistance pour les victimes et s'offrent à arrêter l'effusion du sang.
Mais Ceyrat répond : « Nous avons bien d'autres choses à penser; il faut laisser faire : d'ailleurs tous ceux qui sont aux Carmes sont coupables. » Un des commandants de la force armée de la section ne se paie cependant pas de cette réponse, rassemble une centaine de gardes nationaux et se dirige avec eux vers la rue de Vaugirard. Mais il était déjà trop lard ; quand ils arrivèrent, tout était consommé1.
1. Le procès-verbal de la seclion du Luxembourg s'exprime ainsi : Le citoyen Tanche déclare qu'il s'est efforcé de prendre toutes les mesures convenables pour prévenir les accidents qu'on avait lieu de craindre, relativement aux prisonniers détenus aux Carmes, mais que sa prudence n'a pu les empêcher.
Les accidents survenus aux Carmes! Que celte expression caractérise bien ie langage officiel de l'époque!
Sur cet exposé, l'Assemblée se contente de donner des éloges à la prudence et au patriotisme du commandant, et arrête n qu'il sera fait part sur-le-champ au conseil général de la commune des événemenls qui viennent d'arriver et des circonstances qui les ont accompagnés, a
Commencé vers les quatre heures de l'après-midi, le massacre des Carmes n'avait pas duré deux heures. On apporta presque aussitôt après, dans l'église Saint-Sulpice, les valeurs et les bijoux trouvés sur les malheureuses victimes. Ces effets, tout maculés du sang des ministres de Dieu, furent déposés sur l'autel même où naguère s'immolait ebaque jour la Divinité, — coïncidence providentielle qui. consacre encore mieux le martyre de ces nouveaux confesseurs de la foi1.
Aussitôt que les assassins ont terminé leur effroyable besogne, ils retouraént vers le premier théâtre de leurs forfaits, au cloître de l'abbaye de Saint- Germain-des-Prés. Dans leur précipitation, ils avaient oublié d'y égorger les prêtres renfermés dans une prison dite de supplément. Cette prison donnait dans le cloître
\. Nous renvoyons, pour tous les détails relatifs aux massacres du couvent dos Carmes, à l'ouvrage si intéressant et si minutieusement exact que M. Alexandre Sorel vient de consacrer à cet épisode des journées de septembre : Le couvent des Carmes et le séminaire Saint-Sulpice pendant la Terreur. Il serait bien vivement à désirer que des écrivains aussi consciencieux que lui consentissent à nous donner la monographie de chacune des prisons où se passèrent les horribles scènes que la rapidité de notre récit ne nous a permis que d'esquisser. Tour notre part, nous remercions bien sincèrement M. Sorel du service qu'il vient de rendre à l'histoire en mettant au jour des documents que nous aurons plus d'une fois l'occasion de ci 1er dans le cours de cet ouvrage.
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France