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a Permettez-moi, comme attaché à ma patrie et au bien de la chose publique, quelques observations ; elles sont dictées par ma franchise et par mon désir pour le succès des vues de l'Assemblée nationale. II me paraît que cette nation, qui a toujours servi l'État avec autant de distinction que de loyauté jusqu'à ce moment-ci, devrait être recherchée par tous les moyens possibles pour s'assurer la continuation de son alliance.
« Je vous ai mandé, monsieur, par ma dernière, qu'il fallait que l'Assemblée nationale emploie toutes les ressources de persuasion et autres pour le renouvellement d'une alliance d'un prix incalculable, surtout dans la crise actuelle des affaires-, elle ne peut ignorer les ressorts employés pour la contrarier, ni les inconvénients funestes de perdre douze braves régiments de cette nation d'une part, et de l'autre les avoir contre nous, ainsi que cette nation.
« Est-il possible, monsieur, que sur un avis d'un voyageur français, donné à M. de Maîsonneuve, ministre plénipotentiaire à Stuttgard, on statue sur le sort de la nation suisse sur des bavardages de quelques émigrés de Coblentz? Est-ce que l'on ne sait pas jusqu'à présent tous les moyens qu'ils emploient pour nous brouiller et nous diviser avec nos alliés les plus sûrs? Méfions-nous donc enfin de ce lieu commun, et soyons aussi sages que fermes au soutien de la constitution, et pour ce, ménageons une brave nation qui nous est attachée depuis plusieurs siècles.
« Si les Suisses eussent été capables de trahison, Sarrelouîs ne serait plus à nous; le régiment de Sonnenberg y était seul il y a trois mois, ils n'avaient avec eux que le 2Ô bataillon du 8* régiment d'infanterie, tous les officiers de ce bataillon ont quitté leurs drapeaux, des officiers d'artillerie et du génie en ont fait autant, ainsi que M. de Wurmser, maréchal de camp, qui en avait le commandement; cet exemple suffit pour justifier ce brave régiment; dans ce temps je campais avec mon armée à Neunkirch.
« A Bitche, le régiment suisse de Châteauvieux pouvait fermer les portes et se donner aux émigrés ou autres ennemis sans courir le moindre danger, cependant ce régiment tient la place dans le meilleur ordre et dans la meilleure disposition pour la
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
HISTOIRE DE LA TERRliUlî.
nation ; la preuve en est encore, que des officiers d'artillerie et du génie employés dans cette place ont quitté leurs postes, ce qu'ils n'a tiraient pas fait s'ils avaient pu compter sur une infidélité de la part des Suisses.
(i Quant au régimentde Steiner-Snisse, en garnison à Landau, je n'en ai entendu faire que des éloges de la part de l'excellente municipalité et bons citoyens de celte ville ; dans le temps que la garnison était faible, ils ont inspiré la plus haute confiance; maintenant qu'elle est de 7,000 hommes passé, comment les émigrés peuvent-ils se vanter de prendre la place par leurs moyens? Ce n'est donc qu'une perfidie de plus, pour nous brouiller avec l'Europe entière. Il est révoltant pour des hommes de voir que l'on croit à toutes les bêtises qui, partout ailleurs, ne seraient payées que du parfait mépris.
« Je vous prie, monsieur, de donner une pleine communication à l'Assemblée nationale de tout le contenu de ma lettre; elle renferme la loyauté et la vérité d'un soldat qui n'a à cœur que le bien de sa patrie, le soutien de la constitution, et de défendre l'une et l'autre jusqu'à la dernière goutte de son sang.
« J'enverrai copie de votre lettre à M. de Biron ainsi qu'à M. de Custine, qui commande à Landau; je suis persuadé que ces deux braves généraux n'auront pas plus d'inquiétude que moi sur la loyauté et la fidélité des Suisses.
« Je ne puis que vous répéter combien il est important de tâcher de détourner l'Assemblée nationale de décréter le licenciement des Suisses, dont les suites sont incalculables.
» Le lieutenant commandant l'armée campée sur la Lauter,
« Kellermann. »
A l'occasion de la dissolution des troupes helvétiques au service de la France, le régiment de Châteauvieux prit une attitude qui racheta la conduite tenue par lui, deux années auparavant, lors de cette insurrection de Nancy, dont nous avons parlé dans notre livre 1er. Il était en garnison à Bitche; son commandant, le lieutenant-colonel Mérian, sommé de reconnaître le nouveau régime qui venait de s'imposer par la violence, écrivit à Lukner, le 21 août, la lettre suivante :
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NOTES
k Monsieur le maréchal, « Pleinderespectpourvosordres, nous ne pouvons acquiescer à celui que M. A. Berthier vient de nous donner en votre nom, pour partir de Bitclie avec le régiment suisse de Château vieux le 2U de ce mois, pour être rendus le 28 à Toul. Nous sommes entrés dans cette place par ordre du roi, chef suprême de l'armée, nous n'en sortirons que par les siens. Je vous écris au nom de tout le corps qui me charge de signer en son nom.
a Le lieutenant-colonel commandant le régiment suisse de Château vieux,
« MÊBIAN.
« A Bitche, ce 21 août 1702. »
Cependant, le colonel Mérian ne voulut point entrer eu relations avec les émigrés et leurs alliés; il conserva, en face des armées étrangères, la place forte qui lui avait été confiée. Enfin, lorsqu'il eut été bien constaté que le roi, auquel il avait prêté serment, se trouvait dans l'impossibilité absolue de le relever de son poste, il consentit à remettre les clefs de Bitche entre les mains d'officiers porteurs des ordres du nouveau ministre de la guerre, et laissa licencier son régiment comme tous les autres régiments suisses.
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