LIVRE IX. :t
Soit pour attaquer, soil pour se défendre, ils avaient toujours invoqué le grand principe de la liberté individuelle. Aussitôt que le trône constitutionnel de Louis XVI est renversé, la commune, au moyen de ses comités de surveillance, institués à l' Hôtel -de -Ville et dans chacune des quarante-huit sections parisiennes, organise le plus formidable espionnage qui jamais ait existé en aucun temps et dans aucun pays. Elle attribue le droit d'opérer des arrestations en masse à des subalternes qui demain délégueront leurs prétendus pouvoirs à des subalternes plus infimes et plus misérables encore; elle remplit les anciennes prisons au point de les faire déborder, elle en ouvre de nouvelles qui bientôt déborderont à leur tour, jusqu'à ce que le massacre les vide.
Combien d'applaudissements avaient accueilli les décrets de l'Assemblée constituante qui avaient déclaré individuelle la responsabilité des fautes et des crimes ! La commune propose de se saisir à titre d'otages des enfants de ceux qu'à tort ou à raison elle poursuit de ses vengeances; empruntant aux tyrans du moyen âge leurs odieuses pratiques, elle va jusqu'à emprisonner des
complet accord avec un écrivain dont nous sommes si souvent obligé de combattre les assertions et les doctrines. M. Louis Blanc, en terminant son Histoire de la Révolution, p. COI du tome XII, s'écrie : « Il était réservé à la Convention de léguer aux générations futures un exemple à jamais mémorable du danger de ce sophisme, plein de meurtres : Le salut du peuple est la suprême loi. — Je dis sophisme; car le salut du peuple, en fait, signifie toujours le salut de telle ou telle nation dans telle ou telle circonstance, et, certes, il n'est pas de nation dont le salut vaille qu'on lut sacrifie un seul des principes qui sont, pour l'humanité, d'un intérêt permanent, invariable, éternel. »
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HISTOIRlî DE LA TERREUR.
femmes, pour forcer les maris à se livrer eux-mêmes.
Le droit de pétition avait été proclamé un droit sacré; il avait été revendiqué avec une audace sans pareille par les démagogues avant le 20 juin et le 40 août; ils en avaient abusé pour envahir la salle de l'Assemblée nationale, interrompre les plus importantes discussions et violer le domicile royal. Maintenant la commune proscrit en masse les signataires de pétitions qu'elle qualifie d'anti-civiques; elle les signale aux vengeances populaires, les prive de leurs droits électoraux et les déclare indignes de remplir aucune fonction1.
La liberté de conscience avait été inscrite dans ta constitution avec l'assentiment universel; la commune sollicite l'emprisonnement et la déportation, bientôt elle ordonnera le meurtre en masse des ecclésiastiques, auxquels on ne peut reprocher d'autre crime que de n'avoir pas voulu prêter un serment que leur conscience réprouve.
La déclaration des droits, la constitution et les lois pénales avaient assuré aux accusés la liberté absolue de la défense; pendant la Constituante et la Législative, les orateurs de la démagogie n'avaient pas cessé de tonner contre les commissions extraordinaires, contre les chambres ardentes, dont la création momentanée avait signalé les plus mauvais jours du despotisme royal. Les nouveaux souverains de Paris enlèvent aux prévenus la faculté de se faire défendre par des avocats autres que
4. Arrêté du 44 août 1792- Histoire parlementaire de Bûchez et Roux, tome XVII, p. 49.
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ceux qui auront obtenu de leur bon plaisir un certificat de civisme1. Ils exigent l'institution immédiate de tribunaux extraordinaires qui ne seront astreints à aucune des formes protectrices que les lois nouvelles ont consacrées.
Quant à la liberté de la presse, la première des libertés, puisqu'elle est la sauvegarde de toutes les autres } qu'en fait la commune ? Par un seul arrêté, elle supprime tous les journaux royalistes, et ordonne l'arrestation de leurs rédacteurs, comme empoisonneurs de l'opinion publique. Ne respectant pas plus l'inviolabilité de la propriété que celle de la pensée humaine, elle confisque les presses et caractères qui servaient à la publication de ces feuilles; elle les distribue gratuitement aux écrivains réputés patriotes, et ceux-ci ne rougissent pas de s'enrichir des dépouilles de leurs ennemis2.
Les despotes populaires s'arrêteront-ils au moins devant le secret des lettres, pour lequel l'Assemblée constituante avait montré un respect si scrupuleux? Non. Ils n'ont pas même la pudeur des gouvernements absolus qui voilent de certaines ombres ces honteuses pratiques. En plein soleil, des délégués municipaux envahissent les bureaux de la poste, arrêtent le départ des courriers , ouvrent toutes les correspondances.
On avait proclamé comme la plus sûre garantie de la