‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. troisièmeChapitre 20 sur 262 · LIVRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE IX

les pouvoirs de la section un affidé désigné d'avance. Moins de douze heures après la décision de l'Assemblée, trente-trois électeurs, nommés plus ou moins régulièrement, se trouvent réunis à l'Hôtel -de -Ville. La, sans attendre les collègues que les sections non averties pourront leur donner lorsqu'il ne sera plus temps, ils passent la nuit à procéder aux trente- sept scrutins individuels qui doivent pourvoir chacun à une des nouvelles places. Le 18, à sis heures du matin, tout est terminé.

Dans la journée même , les individus nommés pour faire partie de ce tribunal si étrangement improvisé sont avertis de venir prendre possession des fonctions que la confiance du peuple leur a conférées1. A cinq heures du soir, le maire de Paris les installe au palais de justice dans la grande salle dite de Saint-Louis-.

Les huit juges étaient Osselin, Mathieu, Pépin-Des-

1. Nous avons eu entre les mains le procès-verbal d'élection du tribunal du M août; il constate: 1° que le 17 août, à dix heures du soir, trenle-trois électeurs se trouvaient réunis dans une des salles de la maison commune, et que les trente-sept élections faites par scrutin spécial et individuel, furent terminées le 18, à six heures du malin. Parmi les trente-trois électeurs, six au moins s'élurent eux-mêmes à des fonctions dépendant du nouveau tribunal, savoir : Osselin, Dubail et Pépin - Desgrouetles, comme juges; Perdrix, comme l'un des directeurs du jury, Mulot (d'Angers), comme juge suppléant, ut Hardy, comme greffier. Un autre des huit juges élus fut Lavau, qui assistait à l'éleclion comme substitut du procureur de la commune.

2. Aujourd'hui la grand'chambre de la Cour de cassation. Cette salle servit non-seulement aux audiences du tribunal du M août, mais encore, plus tard, à celles du tribunal révolutionnaire.

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

groueltes, Lavau, Vilain-Daubigny, Dubail, Coffinhal, Desvieux, tous Jacobins émeutes1.

Robespierre avait été élu premier juge, mais il refusa. Le tribun ne voulait à aucun pris quitter en ce moment le conseil général de la commune, d'où l'aurait exclu son acceptation. Dans l'intérêt de son influence future, il n'avait rien à gagner et beaucoup à perdre en se confinant dans une fonction judiciaire. Attaqué quelques jours après à raison de son refus, Robespierre s'expliqua lui-même dans une lettre2 qu'il s'empressa de rendre publique. « J'ai combattu, y disait-il, depuis l'origine de la révolution, la plupart de ces criminels de lèse-nation ; j'ai dénoncé la plupart d'entre eux... je ne pourrais être le juge de ceux dont j'ai été l'adversaire, et j'ai du me souvenir que, s'ils étaient les ennemis de la patrie, ils étaient aussi les miens 3 ! » — Puis il ajoutait, révélant ainsi le fond de sa pensée : — « L'exercice de ces nou-

1. A la fin de ce volume, on trouvera plusieurs pièces relatives à la formation du tribunal du 47 août, et notamment: les procès- verbaux d'installation du jury d'accusation et du tribunal; une lettre du fameux Jacques Roux, prêtre apostat et officier municipal, qui, au moment do conduire Louis XVI à l'écbafaud, refusa de recevoir le testament de l'infortuné monarque. Dans cette lettre, il se plaint a Danton, ministre de la justice, d'avoir été écarté de la liste des jurés qui devaient siéger auprès du nouveau tribunal.

2. Lettre insérée au Moniteur dans le n" du 28 août, p. 1022.

3. Robespierre aurait dû se souvenir de cette solennelle profession de foi lorsque, quatre mois plus tard, il fut appelé à prononcer sur le sort du malheureux Louis XVI, dont il avait été l'adversaire constant, l'ennemi acharné; maïs les contradictions et les palinodies ne coûtaient rien à ce tribun, que certains écrivains vantent sans cesse pour l'inflexibilité de ses convictions.

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

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