‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. troisièmeChapitre 61 sur 262 · LIVRE X · texte numérisé non relu

LIVRE X

l'argenterie qui existe dans les sacristies, et même sur les autels, sera portée à la Monnaie.

Sur une seule question , la commune est décidée à ne pas obtempérer aux ordres de l'Assemblée; celleci demande le départ des Marseillais, celle-là ne veut l'accorder à aucun prix. C'est vainement qu'à cet égard le ministre de la guerre adresse des prières, des exhortations, des ordres tantôt à la commune, tantôt

mette. Ainsi, le 28 août, on vit arriver à la barre des citoyens chargés de déposer sur le bureau du président une statue de saint Roch en argent.

« Les diverses confréries, dirent-ils, forment dans l'empire un des anneaux de cette chaîne sacerdotale, par laquelle le peuple était esclave; nous les avons brisés et nous nous sommes associés à la grande confrérie des hommes libres. Nous avons invoqué notre saint Roch contre la peste politique qui a fait tant de ravages en France; il ne nous a pas exaucés. Nous avons pensé que son silence tenait à sa forme; nous vous l'apportons pour qu'il soitcoiiverti en numéraire. Il concourra sans doute plus efficacement sous cette forme nouvelle à détruire la race pestiférée de nos ennemis. » L'Assemblée nationale applaudit à tant de civisme et décrète l'impression de ce beau discours. (Voir le Journal des Débats cl Décrets, n°335, p. 143.)

Les mesures prises par la Commune rencontrèrent une très-vive opposition de la part d'une partie de la population parisienne; des rassemblements se formèrent autour des églises pour en empêcher la spoliation. Manuel dut lancer une proclamation écrite avec son emphase ordinaire : « Le premier des cultes, c'est la loi... C'est le besoin même du peuple qui a provoqué la suppression des cloches superflues..., de ces cloches qui, pour flatter l'orgueil des riches, ennemis de l'égalité jusque dans les tombes, troublent le sommeil des pauvres » Les phrases de Manuel ne produisirent pas l'effet qu'il en attendait. La commune fut obligée d'ordonner à Santerre de recourir à la force, si besoin était, et de prescrire aux seclions de faire sortir des tours des églises les personnes qui voulaient s'opposer à l'enlèvement des cloches. (Procès-verbal du 29 août.]

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

Hfi HISTOIRE DE LA TERREUR.

aux Marseillais eux-mêmes. L'une tient à avoir des sîcaires sous la main pour accomplir les desseins qu'elle médite, les autres se montrent très-peu disposés à courir chercher, dans les plaines de la Champagne et de la Lorraine, des périls plus réels que ceux qu'ils sont censés avoir affrontés devant la façade des Tuileries1.

4. Nous ne voudrions calomnier personne, pas môme ces fameux Marseillais qui, du reste, pour la plupart, n'avaient de Marseillais que le nom. Mais on so demande comment ce bataillon, qui s'élail forma dès les premiers jour^ du juin, put rester à Paris plus de deux mois, du 29 juillet à la fin de septembre , lorsque huit jours de marche le séparaient à peine des avant-postes de l'armée prussienne- Nous ne pourrions expliquer ce mystère si nos recherches ne nous avaient fait découvrir plusieurs documents complètement inédits, qui nous apprennent à quoi s'occupaient ces prétendus défenseurs de la patrie. lis se faisaient allouer des indemnités sous toute sorte de titres et sur toute sorte do caisses. Non contents de la somme que Choudieu leur fit accorder dans la séance du 10 août (voir la p. 363 du tome II), pour solde et frais de voyage et du prflt do trente sols par jour qu'ils louchaient, ils se firent compter, le 12 août, 3,000 I. par la commune sur la caisse dite de la fédération, Ils obtinrent, le 21 août, du ministre de la guerre et du conseil exécutif le prix des armes qu'ils avaient, disaient-ils, perdues dans la journée du 10. On comprend difficilement que des vainqueurs perdent leurs armes dans un combat qui n'a duré que trois quarts d'heure. Mais les Marseillais du 10 août étaient des héros d'un genre tout spécial ; car lorsque, après être restés deux mois à Paris, s'y être gorgés de vols et de sang, avoir joué un rôle très-actif dans les visites domiciliaires du 20 août et dans les massacres de septembre, ils songèrent à quitter la capitale, ils n'eurent pas la moindre idée d'aller retrouver à, Yalmy les braves qui défendaient le sol sacré de la France. Ils tournèrent le dos au danger et demandèrent à retourner à Marseille. Le pouvoir exécutif les supplia de se rendre au moins à l'armée du Midi; les Marseillais consentirent très-probablement à recevoir l'étape, mais nous n'avons pu savoir s'ils rejoignirent jamais cette armée; dès qu'ils

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