LIVRE X
géant des malheureux qui répondent en tremblant; le chœur que forment les hommes à pique, à bonnet rouge et à figure rébarbative qui, eux aussi, délibèrent, opinent et souvent décident; les supplications des femmes et des enfants qui croient encore à la pitié et qui s'attachent aux genoux des inquisiteurs pour obtenir une grâce presque toujours impitoyablement refusée. On entend la porte qui se referme sur le père de famille que l'on entraîne, le roulement sourd de la voiture qui le conduit à la section ou à l'Hôtel de Ville, les ricanements et les éclats .de voix des misérables qui se félicitent de leur capture. Partout où l'on peut espérer mettre la main sur quelque suspect, on procède aux plus minutieuses investigations. Des ouvriers spéciaux sont appelés pour chercher, découvrir, révéler les cachettes; des serruriers sondent les murs, des maçons fouillent les caves, lèvent les pierres des fosses d'aisances ; d'autres, armés de pioches, remuent le sol des jardins jusqu'à la terre vierge.
D'après l'arrêté de la commune, les visites domiciliaires, commencées le 29 août, devaient être terminées le 30, à six heures du matin. Mais les commissaires y mirent tant de zèle, procédèrent avec un soin si minutieux, qu'en vertu d'un nouvel arrêté1 elles se prolongèrent jusqu'au 31 août au soir.
i. Voici le texle même de cet arrêté: