‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. troisièmeChapitre 70 sur 262 · LIVRE X · texte numérisé non relu

LIVRE X

la vieillesse ni la maladie; on arracha de leurs lits pour les emporter à l'Abbaye de pauvres gens qui tremblaient la fièvre et qui n'avaient commis d'autre crime que d'avoir apposé leur signature au bas d'une pétition, ou d'avoir eu autrefois quelques relations d'affaires avec tel ou tel personnage de la Cour. Les ordres contre ceux qui cherchaient à s'échapper étaient si sévères, ils furent exécutés avec tant de rigueur, qu'un des membres clu conseil général de la commune, Lemeunier (de la section de la place Royale), qui présidait à cheval aux visites domiciliaires et que sa monture emporta tout d'un coup, fut tué par une sentinelle qui le prit pour un fugilif.

Un nombre considérable d'arrestations furent opérées dans une seule nuit. Quelques historiens disent trois mille ; d'autres portent ce chiffre à huit mille. Il est impossible d'avoir aucune certitude à cet égard. Des individus arrêtés, et même des plus compromis, parvinrent à s'évader moyennant finance. Les salles d'attente des sections, de l'Hôtel de Ville, du conseil de surveillance, étaient tellement encombrées, il y régnait une telle confusion que la connivence intéressée de certains commissaires put facilement être mise sur le compte de l'erreur ou de l'oubli1. Mais tous les malheureux qui

■I . De ces connivences, plus ou moins désintéressées, nous pouvons donner un exemple qui concerne l'un des premiers personnages de la cour. Le prince de Poix, capitaine des gardes du corps, avail suivi Louis XVI jusque dans la loge du Logograplie et avait été arrêté quelques jours après, II parvint ii s'esquiver dons le trajet do la mairie à l'Abbaye; ce ne fut pas probablement sans employer certains moyens irrésistibles pour bien d^s gens. Cette supposition est autorisée par le

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arrivèrent jusqu'aux, prisons y furent bien et dûment écroués; copie de ces écrous fut transmise au conseil de surveillance et au procureur de la commune, Manuel; elle leur servit à former leurs listes de proscription.

Pendant et après les visites domiciliaires, la commune, bien loin de chercher à apaiser les justes ressentiments de la Législative, redouble d'audace. Le 26, elle avait attaqué la représentation nationale, non pas seulement dans son

témoignage d'un individu qui ne saurait être suspect de vouloir calomnier les sbires du comité de surveillance, car c'est un membre de ce comité môme.

« Je soussigné déclare que le sieur Noailles de Poix a été arrêté; qu'il est sorti du comité de surveillance pour être conduit à l'Abbaye; que l'ordre qui l'y envoyait est enregistré au comité de surveillance de la commune, et que ce comité a même nommé un ou deux commissaires pour se transporter à l'Abbaye el y voir sur les registres s'il y avait été reçu ou s'il avait été laissé chemin Taisant, afin do faire punir ou le concierge s'il est coupable, ou ceux qui devaient l'yconduirc. t

« Fait au comité de sûreté générale, ce 27 août •1792, l'an iv de la liberté et le 1er de l'égalité.

a Signé : Paris, membre du comité de surveillance de la commune, »

Aucun écrou ne se trouve au nom de Noailles, prince de Poix, sur les registres de l'Abbaye ou de toute autre prison. [I s'échappa donc dans le trajet du comité de surveillance à l'Abbaye. Nous verrons un peu plus loin ce fait signalé par Cambon à la tribune de la Législative.

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