‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. troisièmeChapitre 90 sur 262 · LIVRE X · texte numérisé non relu

LIVRE X

coup porté à la commune, il fait remarquer que l'Assemblée a rendu deux décrets contradictoires : « Par le premier elle casse la commune provisoire, par le second elle déclare que cette commune a bien mérité de la patrie ; les commissaires ont à se plaindre de l'un ou de l'autre de ces décrets. » Dès que le procureur de la commune a terminé son observation, le président Lacroix prend la parole en ces termes :

« Toutes les autorités constituées dérivent de la même source. La loi dont elles émanent a fixé leurs devoirs, leurs fonctions, leurs limites. La formation de la commune provisoire de Paris est contraire aux lois existantes. Elle est l'effet d'une crise extraordinaire et nécessaire; mais quand ces périlleuses circonstances sont passées, l'autorité provisoire doit cesser avec elles. Voudriez- vous, Messieurs, déshonorer notre belle Révolution, en donnant à tout l'empire le scandale d'une commune rebelle à la volonté générale, à la loi? Paris est une grande cité qui, par sa population et les nombreux établissements nationaux qu'elle renferme, réunit le plus d'avantages; que dirait la France, si cette belle cité investissait un conseil provisoire d'une autorité dictatoriale, voulait l'isoler du reste de l'empire, si elle voulait se soustraire aux lois communes, essayer de lutter d'autorité avec l'Assemblée nationale? Mais Paris ne donnera point cet exemple. Un décret a été rendu hier, l'Assemblée nationale a rempli ses devoirs, vous remplirez les vôtres. »

L'Assemblée et une partie des citoyens applaudissent vivement.

o Vous demandez le rapport d'un décret, ajoute le président; l'Assemblée examinera votre pétition; vous devez tout attendre de sa justice : elle vous invite à la séance. »

La mention au procès-verbal de l'adresse de la commune avec la réponse du président est mise aux voix et adoptée. Au moment où Lacroix cède le fauteuil à Vergniaud, trois citoyens paraissent à la barre.

Us s'annoncent comme les députés du peuple, ils ne sont que les délégués de cette tourbe révolutionnaire , dont le chef du poste des Feuillants avait signalé la présence quelques instants auparavant.

« Peuple des tribunes, s'écrie l'un d'eux, Assemblée nationale, et vous, monsieur le président, nous venons, au nom du peuple qui attend à la porte, demander de paraître à la barre et de défiler dans la salle pour voïrceuxqui ont le courage de parler pour nous, pour voir les représentants de la commune qui sont ici. Nous avons tous signé le serment de mourir, s'il le faut, avec la commune. »

Le président Vergniaud leur répond : « l'Assemblée nationale a toujours défendu et défendra toujours, dans les plus grands périls, les intérêts du peuple ; mais ils seraient compromis si la loi était violée, si l'on manquait de respect aux représentants de la nation. L'Assemblée nationale, pleine du sentiment de sa dignité, n'oubliera pas qu'elle représente la nation tout entière; et vous, elle vous invite à avertir vos concitoyens qu'elle maintiendra également la liberté du peuple et le respect dû aux autorités constituées. »

Le président n'avait rien dit de la demande, qu'avaient

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