QUATRE-VINGT-DIX ELECTEURS DE LA VILLE DE BORDEAUX
Les électeurs des communes de Bordeaux, honorés de la confiance de leurs concitoyens, ont cru ne pouvoir mieux répondre jusqu'à ce jour, qu'en prenant toutes les mesures que leur prudence a pu leur suggérer, pour prévenir les troubles et les désordres qui sont trop souvent la suite des premiers mouvements, lors même qu'ils n'ont pour objet que le bien général et l'intérêt de la cause commune. C'est dans les mêmes vues qu'ils se sont occupés de ce qui pourrait à l'avenir porter atteinte à la tranquillité publique, et qu'ils ont délibéré et arrêté ce qui suit :
i^ Tous les citoyens sont invités à continuer de vaquer aux occupations ordinaires de leur état.
2» Tous les ouvriers, compagnons ou autres, sont avertis de rentrer dans leurs ateliers respectifs, de s'occuper de leurs travaux et d'éviter tout attroupement. Les maîtres sont invités de veiller à ce que les ouvriers se tiennent dans l'ordre prescrit par les règlements de police.
3° Tout citoyen doit s'interdire d'appliquer aucun placard injurieux ou séditieux, à peine d'être réputé perturbateur de l'ordre public.
40 Tous les piquets, détachements ou compagnies des troupes patriotiques de Bordeaux, sont invités à enlever les placards de ce genre qu'ils pourraient trouver, et ils dénonceront les coupables qui seraient surpris en flagrant délit.
50 Personne ne se permettra d'insulter aucun citoyen, habitant, étranger ou voyageur, ni de porter atteinte à la liberté individuelle.
Fait et arrêté dans l'assemblée des 90 électeurs des communes de Bordeaux, le 23 juillet 1789.
(Bibl. de Bord., n* 26005, A2.)
ViLLOTTE, président; Lagarde, secrétaire.
NOTE III, p. 27.
Je profite d'un courrier extraordmaire pour vous donner de nos nouvelles. Ce courrier est envoyé par tous les bons citoyens pour porter à l'Assemblée nationale une adresse contre un arrêt rendu
par la Chambre des vacations. Dans cet arrêt qu'ont occasionné les .troubles de la province, troubles au reste qui ne subsistent plus, on se permet d'avancer que nos représentants n'ont jusqu'à présent fait que des maux quil serait difficile d'énumérer. Il n'y a eu qu'un cri contre cette coupable irrévérence. Nous espérons que l'Assemblée nationale en fera justice.
Déjà notre fougueuse jeunesse, au café de M. Saige, a brûlé publiquement cet arrêt incendiaire et a lu sa sentence en plein spectacle.
(Lenre de M. Charles G^raud (i) à M. Terrier, médecin.)
NOTE IV, p, 29.
Robespierre faisait un jour l'éloge d*un nommé Desjîeux, homme noté pour son improbité et qu'il a sacrifié dans la suite. « Mais votre Desjîeux, lui dis-je, est connu pour un coquin. — N'importe : c'est un bon patriote. — Mais c'est un banqueroutier frauduleux. — C'est un bon patriote. — Mais c'est un voleur. — C'est un bon patrio.e. • Je n'en pus arracher que ces trois paroles.
(Meillan, représentant du peuple, député par le département des Basses-Pyrénées. Compte-rendu, germinal an III.)
NOTE V, p. 34.
Notre fédération s'est faite le 17 de ce mois Que cette
cérémonie était auguste! Le Jardin public est totalement changé. En conservant les allées de côté et le bois qui est dans le fond, en comblant le bain qui était au milieu, en faisant disparaître toutes ces plates-bandes, on a fait un champ-de-mars immense. C'est au milieu qu'on avait élevé un autel à la patrie et c'est là qu'on a juré au Dieu régénérateur de l'empire français de s'aimer, de se secourir et de défendre la Constitution. Le silence le plus profond, malgré l'immensité du peuple, régnait au moment du serment, et chacun était profondement pénétre d'un respect religieux.
(Ch. GÉRAUD, Lettre à son fils Edmond, du 19 juin 1790.)
(i) Nous devons à M»* Jardel-Laroque la communication de l'intéressante correspondance de M. Géraud, son père. Nous lui en exprimons toute notre reconnaissance.
4l8 HISTOIRE DE LA TERREUR A BORDEAUX. .
NOTE VI. p. 38.
A la requête de Monsieur Emmanuel-Céleste-Augustin de Durfort, chevalier de Tordre militaire de Saint-Louis, maréchal des camps et armées du Roi, demeurant à Bordeaux sur le grand cours de Toumy, paroisse de Saint-Dominique,
Soit déclaré à Monsieur l'accusateur public établi près le tribunal du district de Bordeaux,
Que le greffier vient de faire lecture à mondit sieur requérant d'un jugement, en date de ce jour, par lequel il a été déclaré que le tribunal, attendu ce qui résulte du décret de l'Assemblée nationale du i5 de ce mois, ne peut continuer la procédure commencée contre mondit sieur requérant, et a ordonné que les portes de la prison lui seront ouvertes.
Mondit sieur requérant déclare que plein des sentiments patriotiques qui Tont toujours animé, fier d*avoir pu, dans des circonstances critiques, être de quelque utilité à la ville de Bordeaux, toujours chère à sa famille, il ne saurait envisager qu'avec peine, l'application qu'on veut lui faire d'une loi d'indulgence, que les circonstances ont pu rendre nécessaire à ceux qui ont eu le malheur de s'égarer.
En conséquence, mondit sieur requérant déclare que quoiqu'il ait lieu de penser que la lecture faite publiquement ce matin de la procédure commencée contre lui, a dû annoncer à tout le public qu'il n'y a aucune charge qui puisse le faire présumer coupable, il ne va sortir des prisons, avant que sa justification ait été prononcée d'une manière légale, que parce que l'autorité publique l'a commandé. Mais qu'il proteste formellement d'établir son innocence par tous les moyens que les lois laisseront à sa disposition, et qu'il ne jouira d'aucune tranquillité jusqu'à ce qu'il ait prouvé à tous les honnêtes citoyens qu'il n'avait pas mérité les soupçons et les outrages que la calomnie a accumulés sur sa tête, dont acte.
Signé : Durfort.
Signifié le 21 septembre 1791 l'acte ci-dessus à Monsieur l'accusateur public près le tribunal du district de Bordeaux, aux fins qu'il ne l'ignore. Fait..., etc. Signé : Valance, huissier.
(Plaquette de 2 p. sans 1. ni d.)
NOTE VII, p. 43.
Circulaire de la Commune de Paris du 2 y septembre.
Frères et amis, un affreux complot, tramé par la cour, pour égorger tous les patriotes de l'empire français, complot dans
lequel un grand nombre de membres de TAssemblée nationale sont compromis, ayant réduit, le 9 du mois dernier, la commune de Paris à la cruelle nécessité de se servir de la puissance du peuple pour sauver la nation, elle n'a rien négligé pour bien mériter de la patrie. Après les témoignages que l'Assemblée nationale venait de lui donner elle-même, eût-on pensé que dès lors de nouveaux complots se tramaient dans le silence, et quUls éclataient dans le moment même où l'Assemblée nationale, oubliant qu'elle venait de déclarer que la commune de Paris avait sauvé la patrie, s'empressait de la destituer, pour prix de son brûlant civisme? A celte nouvelle, les clameurs publiques élevées de toutes parts ont fait sentir à l'Assemblée nationale la nécessité urgente de s'unir au peuple, et de rendre à la commune, par le rapport du décret de destitution, les pouvoirs dont elle l'avait investie.
Fière de. jouir de toute la plénitude de la confiance nationale, qu'elle s'efforcera de mériter de plus en plus ; placée au foyer de toutes les conspirations, et déterminée à périr pour le salut public, ' elle ne se glorifiera d'avoir rempli pleinement son devoir, que lorsqu'elle aura obtenu votre approbation, qui est l'objet de tous ses vœux, et dont elle ne sera certaine qu'après que tous les dépai^ tements auront sanctionné ses mesures pour le salut public; et professai^t les principes de la plus parfaite égalité, n'ambitionnant d'autre privilège que celui de se présenter la première à la brèche, elle s'empressera de se soumettre au niveau de la commune la moins nombreuse de l'empire, dès qu'il n'y aura plus rien à redouter.
Prévenue que des hordes barbares s'avancent contre elle, la commune de Paris se hâte d'informer ses frères de tous les départements qu'une partie des conspirateurs féroces, détenus dans les prisons, a été mise à mort par le peuple, actes de justice qui lui ont paru indispensables pour retenir par la terreur les légions de traîtres renfermés dans ses murs, au moment où il allait marcher à l'ennemi, et sans doute la nation, après la longue suite de trahisons qui l*a conduite sur les bords de Vabîme, s*empressera d'adopter ce moyen si utile et si nécessaire; et tous les Français se diront, comme les Parisiens : Nous marchons à l'ennemi, et nous ne laissons pas derrière nous des brigands pour égorger nos femmes et nos enfants.
Signé ; Duplain, Panis, Sergent, Lenfant, Marat, Lefort, JouRDEUiL, administrateurs du Comité de salut public constitué à la mairie.
NOTE VIII. p. 43.