‹ Histoire de la terreur à BordeauxChapitre 28 sur 34 · SÉANCE DU SOIR · texte numérisé non relu

SÉANCE DU SOIR

où assistaient : A/A/. L. Joumu, président; Labrouste, Cou\ard, Ferrière, Lardeau, Monbalon, Hollier, Derancy, Pujoulx -Larroque, Peychaud, Villebois, Robert, Duvigneau, Desbarat, Baron, administrateurs ; Roullet, procureur général syndic.

Le Conseil général du département à ses concitoyens.

Citoyens,

La Convention nationale vient d'abolir la Royauté. Nous proclamons ce grand événement; nous vous annonçons, dans les vifs transports de Tamour de la Patrie et de la Liberté, que la France n*aura plus de Rois. Le sceptre de la tyrannie est brisé, Tautorité arbitraire d'un seul disparaît, Tautorité légitime de tous lui succède. Le vil échafaudage du trône tombe et s'anéantit, et le peuple s'clève dans toute sa grandeur. Français, vous remontez enfin à la dignité de rhomme, il n'est plus de souverain pour vous que la Loi ; qu'elle soit donc toujours à vos yeux inviolable et sacrée. La Loi est aujourd'hui le résultat de toutes les forces et de toutes les volontés; qu'elle obtienne donc toutes les soumissions et tous les hommages.

Français, vous voulez la République : vous en êtes dignes; mais n'oublions jamais que ce serait peu pour nous d'avoir le Gouvernement des Républicains, si nous n'en avions aussi les mœurs et les vertus; que la République est une famille, une réunion de frères; que les hommes y sont tous égaux et tous amis; que le vrai Républicain porte dans son âme le respect pour les personnes et les propriétés, comme il y porte l'amour de ses enfants et de la patrie; qu'il aime et pratique la tolérance, comme il chérit la liberté même; car la tolérance n'est autre chose qu'un respect immuable pour le libre usage de la pensée et du sentiment; que le Républicain n'use jamais du droit du plus fort, parce que ce droit est odieux, parce que la force du citoyen n'est pas dans ses passions ou dans ses volontés, mais tou:e dans la Loi; qu'il ne veut que ce qu'il peut par la Loi. Que le vrai Républicain révère l'ordre social autant que celui de la nature, et pense qu'un individu ne peut pas plus violer la Loi qu'il n'est en son pouvoir de changer l'ordre des éléments.

Français, Peuple éclairé. Peuple courageux, c'est vous-mêmes qui gouvernez par vos Délégués ; faites donc que votre Gouvernement

soit juste et paisible, c'est par là seulement qu'il peut vous honorer. Montrez à l'Europe étonnée que, dans les plus violentes crises d'une Révolution politique, vous n'avez pas oublié un seul instant que l'ordre est le principe et l'âme de tout, et que la plénitude de l'ordre est dans le respect pour la Loi.

Signé : L. Journu, président;

Pal BuHAN, secrétaire général provisoire.

NOTE XI, p. 43.

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