L'ORGANISATION DE LA TEBREDR
Une véritable aDarchie de quelques mois auDooce le r^e prochain de la Terreur. Foudé sur la violeace, le gouveroement issu du coup d'Etat du 2 juin ne pouvait vivre que par elle, La Convention, mutilée, réduite à de vaines agitations, divisée contre elle-même, n'était ' plus capable d'opposer une résistance efficace, et les Honlagoards, obligés pour triompher d'aœepter le concours des démagogues exaltés, devaient au lendanain de la victoire se trouver en présence des exigences de leurs complices. En réalité, la lutte n'est que déplacée par la chute de la Gironde et les hostilités vont continuer, aux dépens de la justice et de la modération, entre les induences rivales qui se disputent le pouvoir, — les Jacobins, où dominent les politiques de la Montagne, et les Cordeiiers, qui obéissent à la Commune, à Hébert et à ses adeptes.
Véritables pionniers de la Révolution, les Corde-
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Uers avaient toujours dépassé les Jacobins eo audace et trouvaient la victoire du 2 juin trop clémente. Leurs plaintes furent portées à la Convention par Jacques Roux', prêtre apostat et sans-culotte fougueux, qui appartenait, avec Leclerc et Varlel, à la fraction du club dont les membres s'étaient décerné à eux-mêmes ie titre d'Enragés. Le S5 juin, il se présentée la barre, au nom d'une députation de cette fameuse section des Gravilliers, qui avait offert, le. 31 mai, trente mille bras armés pour défendre les Jacobins.
Dans son discours, virulente diatribe contre la nouvelle Constitution et ses auteurs, il reproche aux mandataires du peuple de n'avoir rien fait pour diminuer les calamités dont il souffre.
« Vous qui habitez la Montagne, dignes sans-oilottes, s'écrie-t-it, resterez-vous toujours immobiles sur le sommet de ce rocher immortel ? Prenez-y garde, les amis de l'égalité ne seront pas les dupes des charlatans qui veulent les assiéger par la famine, de ces vils accapareurs dont les magasins sont des repaires de filous. . . U peuple veut la liberté ou la mort. . . Le but des agioteurs est de le jeter dans les bras du despotisme. Jusqu'à quand souifrirez-vous que ces riches égoïstes boivent encore dans des coupes dorées le sang le plus pur da peuple?. . . Il ne faut pas craindre d'encourir la haioe des riches, c'est-à-dire des méchants, il faut tout sacrifia au bonheur du peuple... Sans doute, il est des maux inséparable des grandes révolutions, et notre io-
t. Voir tome III, page iSO.
teotion est du faire tous les sacriGces nécessaires au maintien de la liberté; mais le peuple se ressouvient qu'il a déjà été trahi deux fois par deux législateurs. Il est temps que les sans-culoltes qui ont brisé le sceptre des tyrans, terrassent toute espèce de tyrannie. . . Députésdela Montaj^e, fondez les bases de la prospérité de la République, oe terminez pas votre carrière avec ignominie! n
Cette harang:ue passionnée, ou les accapareurs et les agioteurs sont dénoncés à la fureur populaire, excite UD tumulte d'autant plus violent que Jacques Boux est accusé, par un des membres de la députatim, d'avoir inexactement rapporté la pétition à laquelle la section des Gravilliers a donné son adhésion. On réclame l'arrestation immédiate de l'orateur; mais, sur l'observation de plusieurs députés, qui veulent respecter en sa personne le droit de pétition, on lui laisse la parole. 11 en profite pour vociférer ces menaces, en manière de conclusion :
u Les sans-culottes opprimés des départements vont arriver ; nous leur montrerons ces piques qui ont renversé la Bastille; ces piques qui ont dissipé la faction des hommes d'Etat; ces piques qui ont détruit la putréfaction de la Commission des Douze \ alors nous les accompagnerons dans le sanctuaire des lois, et nous leur montrerons le côté qui voulut sauver le tjran, et celui qui prononça sa mort. »
Tliuriot bondit sous l'insulte et, ii son tour, accuse Roux d'être un agent de Cobourg et de vouloir déshonorer Paris. Il lui reproche son caractère de prêtre, et
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le compare aux Eanatiques de la Vendée. « Vil c»^teur de l'anarchie, s'écrie-t-il, dis donc aussi au peuple qu'il faut que le Bis égorge son père, et que la mère plooge UD poignard dans ie sein de sa Gllel »
Robespierre et Billaud-Varennes joignent leurs protestations à celle de Thuriot. a Je demande que cet homme soit chassé, ajoute Legendre ; il y a des patriotes dans sa section, ils en feront eux-mêmes justice. * Cette proposition est adoptée et Jacques Roux est obligé de se retirer.
Mais il ne se tint pas pour battu. Le surlendemain, il se rendait au club des Cordeliers, où il se plaignit amèrement qu'on lui eût h fait boire è longs traits le calice d'amertume ». Il dénonçait particulièrement Legendre, qui avait provoqué son expulsion. La société approuva à l'unanimité la démarche de Roux, adopia ses principes et déclara, aux applaudissements des femmes révolutionnaires, que la pétition lue le 25 juin serait imprimée et distribuée. Il était impossible de protester plus audacieusement contre les actes de l'Assemblée. Leclerc trouva pourtant le moyen de s'élever conU« Danton, qu'il accusait de modérantisme , et contre I^endre dont il demandait, par représailles, l'exclusioa de la société. Mais cette motion parut exagérée et l'on se borna à décider que ce dernier serait invité à venir rendre compte de sa conduite.
Entre ces deux dates, des rassemblements tumultueux s'étaient formés, dans Paris, à l'occasion de l'arrivée, au port Saint-Nicolas et à la Grenouillère, de bateaux chargés de savon. La foule réclamait la livraison de
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cette marchandise au-dessous du cours fixé. La Commuoe s'émut de ces désordres, qui compromettaient les ap^rovisionaernents de la capitale, et tança un arrêté énergique pour eu prévenir le retour. Malgré tout, les troubles continuèrent et quinze femmes Turent emprisonnées à la Ftm». Déjà, au mois de février précédent, Jacques Roux avait été convaincu d'avoir fomenté l'émeute contre les épiciers*. Cette coïncidence d'un nouveau pillage avec le discours dans lequel il venait de dénoncer les accapareurs à la Convention, était au moins étrange; elle oFTrait ud moyen de ruiner l'influence désastreuse des Enragés et de les convaincre d'anarchie; les Jacobins saisirent avec empreissement cette occasion de les frapper.
Jacques Roux essaya de payer d'audace; il se présenta à la Commune, avec la pétition de la section des Gravilliers et la ratification du club des Cordeliers. Mais les circonstances étaient changées et de violents murmures éclatent à sa vue. Chaumetle l'accuse d'avoir, par ga pétition, « sonné le tocsin du pillage et de la violation des propriétés » ; Guyot ajoute » que les choses les plus dangereuses et les plus inciviques interpolaient celte dénonciation » ; d'autres membres le signalent comme l'auteur des troubles et demandent son exclusion du Conseil. On lui accorda vingt-quatre heures pour se défendra, et Jacques Roux n'ayant pas reparu, le Conseil lui retira la rédaction des affiches de la Commune.
Ainsi abandonné de tous et signalé aux colères de
t. Voir tome Tl, page Si.
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3t0 HISTOIRE DE LA TERREUR.
la poputace, il cessait d'être dangereux. Mais les Modlagaards tenaient à étouffa daos leur germe ces leniatives de résistance, et Robespierre, accompagné de plusieurs de ses amis, se rendit, le 30 juin, aux Cordeliers. Il avait commencé par écraser Jacques Roux aux Jacobins, en l'accusant de dénoncer les patriotes de concert avec les Autrichiens. Aux Cordeliers. il déclara qu'il venait éclairer le club « sur les manœuvres que quelques individus avaient mises en usage pour l'égarer ».
Malgré leurs tendances différentes, les deux sociétés conservaient une certaine affinité, en raison de l'affiliatioD commune d'une grande paitie de leurs membres. Il eàl été dangereux d'ailleurs de se séparer, sur une pareille question, d'alliés aussi redoutables, et les Cordeliers s'empressèrent d'imiter l'exemple des Jacobins. Accusé par Hébert, Collot d'Herbois et Legendre de scélératesse, de Tanatisme et de perfidie, Jacques Roux Tut accablé de moqueries et chassé du club. Leclerc eut le même sort et fut également honteusement expulsé u comme un échappé de Coblenlz, un stipendié de Pitt et des intrigants de Paris ». Quant à Varlet, on déclara qu'après avoù* subi un temps d'épreuve, il serait soumis à un scrutin épuratoire, et qu'en attendant, il ne pourrait pas assister aux séances. La société décida en outre qu'elle irait à la Convention désavouer la pétition des Enragés et reconnaître solennellement que^ Montagne n'avait pas cessé de bien mériter de la patrie.
Jacques Roux n'était pas au bout de ses épreuves. Le 1" juillet, leConseil général delà Commune a considérant qu'il avait insulté la Convention dans l'adresse perfide
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