LIVRE XXXIX
serve le pouvoir tyrannique qu'elle a exercé el qu'elle voulait, je le sais, étendre sur les membres de cette assemblée, si le (il de la conjuration n'est pas rompu, si les magistrats du peuple, si les bons citoyens ont encore à craindre des arrestations arbitraires, alors, après avoir prouvé que nous surpassons nos ennemis en pnidence, en sagesse, nous les surpasserons en audace et en vigueur révolutionnaire.
« — Oui, oui! tous! tous! s'écrienl les membres de l'extrême gaucbe.
(< — Il est temps que le peuple ne se borne plus à une guerre défensive. Il est temps qu'il attaque tous les fauteurs de modérantisme. Noqs avons montré de l'énergie un jour et nous avons vaincu, Paris ne périra pas. Aux. brillantes destinées de la République se joindri^nt celles de cette ville fameuse que les tyrans voulaient anéantir; Paris sera toujours la terreur des eanernis de la liberté; ses sections, dans les grands jours, lorsque le peuple s'y réunira en masse, feront toujours disparaître ces misérables Feuillants , ces lâches modérés dont le triomphe ne peut être que d'un moment. »
Rabaut Saint-Étienne, rapporteur de la commission des Douzs, demande à répondre à Danton.
« — La délicatesse, s'écrie Tburiot, ne permet pas que la commission ait la parole. Elle a été inculpée. Il serait curieux de voir des accusés devenir accusateurs el juges. »
Plusieurs membres de la commission des Douze insistent pour que l'on écoute son rapport, puisqu'on l'a rétablie. Rabaud est encore à la tribune; mais toutes les
mzedBïGoOgle
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fois qu'il essaye de se faire entendre, sa voix ^t couverte par les vocirérations de la Montagne et des tribunes. Le président se couvre, et par ce moyen obtient UD moment de silence. Il veut en profiter pour donner la parole à Rabaut, aussitôt les cris reconamencent.
« — Nous demandons la priorité pour le canon d'alarme, » s'écrie le montagnard Laplanche.
« — Au nom du salut public, écoutez-moi » , répond Rabaut.
« — Je demande vengeance, dit le girondin Labaye, aux départements, non au peuple des tribunes. »
Mais la droite et surtout la Plaine faiblissent visiblement sous la pression efTrbyable qu'elles subissent depuis plusieurs heures; elles se contentent de réclamer l'inlpression du rapport, puisque l'on s'oppose si énergiquement à sa lecture. Fonfrède, toujours prompt à saisir les moyens de conciliation, propose lui-même de voter l'élargissement des prisonniers, et, comme cela était arrivé plus d'une fois, cette journée, qui avait commencé par une victoire de la Gironde, finit par sa défaite.
Les démagogues connaissaient et mettaient en pratique la fameuse maxime : Rien n'est fait tant qu'il reste quelque chose à faire. Ils s'étaient juré d'avoir, d'une manière ou d'une autre, raison de la commissioD des Douze. Pour être plus sârs du succès, ils préparent deux
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macbioes de guerre qui, ratles pour agir séparémeul, mais pouvant s'unir au besoin, doivent triompher de tous les obstacles, vaincre toutes les résistances. La mise en mouvement de ces deux machines est confiée à des agitateursdifTérents. Les unsdoiveot être censés recevoir leurs pouvoirs directement des sections parisienaes, les autres, des autorités constituées du département. Les premiers doivent montrer dès l'abord une attitude essenr liellement révolutionnaire, les seconds une attitude soidisant modératrice. Les râles ainsi distribués, ce sont les violents qui prennent l'initiative; la section de la Cité, celle-même dont le président et le secrétaire venaient d'être arrêtés, puis presque aussitôt relâchés, se déclare en permanence; elle invite chacune des autres sections à nommer deux commissaires pour délibérer sur les dangers dont la patrie est menacée. Le rendez-vous est d'abord donné dans l'église Notre-Dame, le 29, à quatre heures. Mais, bientôt, les meneurs se ravisent; ils pensent, non sans motif, qu'à raison des confidences qui doivent s'échanger dans cette réunion, il est préférable de choisir un local plus retiré. Ils désignent la salle capitulaire de l'évêché, où se sont tenus plusieurs fois des conciliabules du même genre*.
A cette assemblée se présentent des commissaires
ayant reçu de leurs sections des pouvoirs plus ou moins
illimités. Un certain nombre se sont nommés eux-mêmes
. de leur autorité privée. Mais ils sont bons patriotes, prêts
1. Celle délibération est signée par le fameux Maillard ea qualité de vice-président de la section de la Cité. Ce nom était assez signi- QcaLir.
:iOH HISTOIRE DE LÀ TERREUR.
à tout faire. Cela seui suffit pour les faire admettre et pour rendre leurs pouvoirs excellents ^ Dès la première réunion, on renouvelle les propositions faites la semaine précédente dans ces conciliabules de la mairie; on adopte ces mêmes motions que Pache avait désavouées d'une façon si énergique. On déclare nettement que Paris va se mettre en insurrection contre les factions aristocratiques, oppressives de la liberté '.
1. Dans les sections qui n'étaieoi pas sûres, on usa d'un excellent moyen pour avoir dos commissatres sur lesquels on pût compter. Ce moyen est très-naïvement indiqué dans la déiibération suivante prise par la société dite patriotique de la section de la Butte des Moulins, qui, tout uniment et sans maniai, se substitue à la section elle-même.
Extrait des registres des procés-verbaux de la société patriotique de la section de la Batte des Moulins.
- 30 mai 1793.
« Un membre a représenté qu'il était urgent de nommer deus commissaires pour se joindre à cenx des quarante-huit sections a»* semblés à l'Ëvëché, attendu que la majorité de la section, connue par son incivisme et son esprit contre-révolutionnaire, avait, dans cette circonstance, comme dans celle où il fallut nommer des commissaires pour se rendre à l'invitation de nos frères les Cordeliers, refusé obstinément de répondre à cette invitation. La société, convaincue de la vérité de cet exposé, bien assurée que la majorité de la section, ou se refuserait à celte nomination, ou nommerait des commissaires qui n'auraient pas la confiance des patriotes, a délibéré de nommer deux commissaires qui, investis de toute la confiance des patriotes de la section, pussent concourir au salut de la patrie de concert avec les commissaires des autres sections, et, en conséquence, elle Domme les citoyens Jean-Baptisle Loys et Uicbel Boissière commissaires des {>citriotes de la section de la Butte des Moulins, et leur donne des [louvoirs illimités, à l'effet d'aviser aux moyens de sauver la patrie. « Bdqui&k, président par intérim. >
S. Comme on peut le croire, il ne fut pas tenu procès-verbal ré-