LIVRE XXXIX
pèchent de continuer. Mathieu (de l'Oise), qui siège sur les bancs de la gauche, obtient un peu plus de silence : « Il s'agit , dit-il , de savoir si la liberté existe encore en France; à l'instant où la délibération est influencée par le despotisme le plus insolent, la représentation n'existe plus. Je demande que le président, pénétré de sa dignité, se rappelle qu'il a l'honneur de présider la première assemblée humaine, qu'il tient peut-être dans sa main les destinées du monde; je demande qu'à tous ces titres il fasse respecter la Convention. »
Cambon, comme membre du Comité de salut public, prend la parole. Dans le peu de mots qu'il prononce, on sent toute l'hésitation qui règne au sein du Comité, on peut pressentir toute l'incohérence des mesures qu'il proposera plus tard.
« La Convention, dit-il, doit être respectée. Toute la France est pénétrée de cette vérité j mais nous sommes dans une circonstance critique. Il y a deux partis enprésence; une étincelle peut allumer un immense incendie. »
Valazé s'empare de ces demi-aveux de Cambon. u Oui , les circonstances sont vraiment extraordinaires , on veut obscurcir ce qui est éclatant comme le soleil. Depuis la levée de notre séance d'hier soir, le tocsin sonne, la générale bat. En vertu de quel ordre? il faut que nous le sachions. Henriot a envoyé au commandant de la force armée du Pont-Neuf l'ordre de faire tirer le canon d'alarme; c'est un crime manifeste contre lequel la peine de mort est portée. Je demande qu'il soit
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3t6 HISTOIRE DE LA TERRECR.
mandé à la barre; je demande égaletneot que la commission des Douze, tant calomniée pour nous avoir mis sur la trace des complots qui se dessinent aujourd'hui, soit appelée pour rendre compte des renseignements qu'elle a recueillis.
« — Eh bien , moi , répond Thuriot , je demande la cassation immédiate de cette infôme Commission.
0 — Aux Toix ! aux voix ! s'écrie la Montagne. » A ce moment, le canon d'alarme se fait entendre '; un moment de stupeur succède au tumulte. La Convention comprend qu'il n'est plus temps d'empêcher; qu'elle peut tout au plus réprimer et punir. Vergniaud s'élance à la tribune : « Un combat, dit-il, s'il s'en engageait un dans Paris, compromettrait éminemment la République et la liberté. Celui-là est le complice de nos ennemis extérieurs qui désirerait le voir s'engager, quel que dût en être d'ailleurs le succès. Si la commission des Douze a commis des actes arbitraires, qu'on la casse; mais, avant de la condamner, qu'on l'entende. Pour sa dignité , il faut que la Convention prouve à la France qu'elle est libre; pour le prouver, il faut qu'elle ajourne à demain cette discussion ; mais il faut avant tout savoir qui a donné l'ordre de sonner le tocsin , de tirer le cation d'alarme. Je demande que le commandant
1. La CoDTention, tardant h rendre le décret qui devait annuler les ordres d'Henriot, et le commandant, qui était allé prendre ceux de l'Assemblée, ne rerenanl pas, wn nouvel ordre du Conseil général révolutionnaire mit Gn aux hésitations de l'officier subalterne auquel le commandement avait élé remis provisoirement. Il était une heore apràs midi.