LIVRE XL. 4Ï
Uoe (elle faiblesse inspire, non la pitié, mais le mépris t s'il est dur d'être avili, il est honteux de s'avilir soi-même.
Jusqu'au dernier moment, les Girondins eurent la majorité dans la Convention; c'est ce qu'atteste la
ee son l présentés dans la cour et le jardin du palais national, ont été les mêmes qu'ils ont consLTnment exprimés dans tous moments de l'insurrection. Qu'il ne faul imputer qu'à un mouvement irrésistible leur approche du palais national, qui avait donne lieu de dire qu'ils voulaient empêcher les repréeentanls du peuple de sortir du lieu de leur séance;que la municipalité, que le Comité révolutionnaîreavaient donné les ordres les plus précis aui citoyens armés de m tenir éloignés du palais national; qu'au surplus, ils n'ont pas pénétré dans les pièces du palais; que la garde de l'inléneum'a paséié plus nombreuse que la garde ordinaire, çue si les citoyens ont dit dehors et à leur poste aux députés qui voulaient sortir pendant la séance, cela ne doit s'attribuer qu'au vœu de tous de sortir de l'état d'incertitude dans lequel on était, et de voir ces mouvements calmés par un décret digne de la sagesse et de la justice des représentants du peuple.
« Ils ont assuré que la ville est tranquille et que la Convention nationale est environnée de l'estime et de la confiance de tous les citoyens; qu'il n'est aucun d'oui qui ne fit le sacrifice de sa vie pour assurer celle des représentants du peuple; que les dépositaires provisoires de la puissance insurrectionnelle vont déposer leur autorité et cesser incessamment toutes leurs fonctions; qu'ils emploient tous leurs soins !i feire cesser le mouvement général et à remettre, sans danger, sans secousse et sans agitation, le plein et libre exercice des fonctions administratives et municipales aux seules autorités constituées; qu'ils en informeront demain le Comité de salut public. »
présidence conférée à Lasource, le 18 avril ; à Fonfrède, le 2 mai ; à Isnard, le 16 ; c'est ce qu'attestent également la décision de l'Assemblée, qui, le 22 avril, déclara calomnieuse la pétition de la Commune; la création de la commission des Douze, qui ne fut supprimée le 27 mai que pour être rétablie avec éclat le lendemain; enfin la résistance, trois jours durant, de la Gonveolion aux violences de la Commune.
Le -2 juin fut donc un véritable coup d'État dirigé contre la représentation nationale. L'école ultra-révolutionnaire, qui croit que la fin justice les moyens, l'a glorifié; l'école fataliste, qui proclame la légitimité du fait accompli, l'a enregistré sans protestation. A l'une et à l'autre de ces doctrines nous devons une réfranse.
Comment des écrivains qui ont la prétention d'aimer et de servir la liberté n'ont-ils pas vu qu'en se refusant à condamner les fauteurs de cette journée, ils absolvaient par cela même tous les coups d'Etat dont les dates néfastes sont inscrites dans nos annales? Démocratie ou césarisme, qu'importe le dogme que l'on invoque! prétoriens en haillons, ou prétoriens ea uniforme, qu'importent les instruments! violence ou ruse, qu'importent les moyens!
Sans le coup de hache du 2 juin, dites-vous, la contre-révolution s'accomplissait, l'étranger dictait des lois à notre patrie '. Eh quoi! si le parti modéré n'avait pas été ce jotir-là vaincu, dispersé, décimé, la France était envahie, partagée, livrée à toutes les horreurs des ven-
^ . Louis Blanc , Histoire de la Révolution, t. VIII , p. 294.
mzedBïGoOgle
geances réactionnaires? Qui vous le dit, qui vous le prouve? Est-ce que les Girondins ont montré de la faiblesse et de la pusillanimité dans ia défense du territoire? Est-ce que ceux d'entre eux qui échappèrent à la proscription ont pactisé avec l'étranger, lorsque, dans la dernière année de la Convention, ils ont eu une part importante à la direction des affaires? Est-ce qu'au moment où leurs têtes étaieut mises à prix, ils ne refusèrent pas obstinément de se réfugier en Angleterre? Est-ce qu'ils manquaient d'énergie et de courage les Lanjuinais, les Barharoux, les Vergniaud, les Boissy d'Anglas et tant d'autres membres du côté droit? Quelle idée entendezvous donner de la nation française en insinuant que l'échafaud de la Terreur, dressé en permanence à Paris, promené à la suite de nos armées, a pu seul conjurer la ligue des rois et forcer nos volontaires à vaincre? L'astuce de Robespierre, la violence de CoIlot-d'Herbois, le cynisme d'Hébert, étaient-ils donc indispensables pour sauver la France? Disons-le hautement pour l'honneur de notre pays, non, mille fois non ! Et dès lors, comment s'incliner devant un arrêt prononcé par une intime minorité au milieu des protestations ou du morne silence du reste de r.\si!emblée.
Et vous, écrivains fatalistes ', qui fulminez si réso-
1. De tous les écrivains fatalistes, le premier en date est l'auteur du Souper de Beaucaire , le futur empereur des Français, Napoléon 1", Ce pamphlet, publié deux mois après le 2 juin, n'est que l'amplification de celle idée reproduite sous toutes les formes : s Les girondins ont succombé, donc ils avaient tort. » Uhomme de brumaire devait, quinne années durant, professer et pratiquer les doc-
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lûment le vœ viclis contre les malheureux Girondins, ne voyez-vous pas à quelles conséquences vous eotratoe l'absolu lion du fait accompli? Quoi! justice, droit, huroanité, il sera permis de tout immoler sans bonté et sans remords à la seule condition de réussir ! Le succès suffira donc à changer le crime en vertu et le scélérat en honnête homme!
Naguère encore cette étrange théorie se couvrait de voiles, s'enveloppait de circonlocutions; grâce à vous, nous la voyons aujourd'hui se produire sans ambages, s'affirmer sans crainte, s'imposer sans pudeur.
Vous insinuez, il est vrai, que les Montagnards de 1793 ont fait sanctionner implicitement par le peuple le crime du 2 juin en obtenant l'adhésion des Assemblées primaires à la Constitution républicaine qu'ils présentèrent peu de temps après. Mais comment voudrait^ on raisonnablement prétendre que le vote émis par une nation affolée de terreur pût légaliser après coup les attentats de Henriot et de ses imitateurs? Comment la violence pourrait-elle jamais devenir la source du droit?
Le Droit, à ce moment, se personnifiait dans les Girondins. Voilà pourquoi nous avons pris leur défense. Mais que l'on ne croie pas que nous soyons aveugles pour les fautes immenses qu'ils commirent pendant celle lutte terrible.
Depuis que nous les voyons à l'œuvre, quel spec-
trines que préconisait le capitaine d'artillerie. Plu<i tard, relégué à Sainte-Hélène, il but jusqu'à la lie tes amertumes de la dôraiU', et apprit h ses dépens ce que le culte du fait accompli enfante de défnillaiices, de lâchetés et de trahisons.
tacle nous donnent-ils? toujours les mêmes tergiversations, toujours la même indiscipline, aucune unité dans leurs vues, aucune persistance dans leurs résolutions. Lors du procès du roi, les uns proposent l'appel au peuple, les autres le rejettent; les uns votent pour la mort, les autres pour la détention. Ils réclament successivement la convocation des Assemblées primaires, la réunion des suppléants à Bourges, la translation de l'Assemblée à Versailles. Ils abandonnent ces propositions presque aussitôt après les avoir produites. Ils ne savent s'accorder sur la conduite à tenir, ni pendant la lutte suprême ni après la défaite. La plupart s'abstiennent de paraître le 2 juin à l'Assemblée; ceux, qui s'y rendent n'ont ni le même langage ni la même attitude; les uns obéissent au décret d'arrestation, les autres croient devoir s'y soustraire. Ces deux, partis leur sont également funestes. Presque tous périssent, ceuit-ci sur l'échafaud, à Paris, à Bordeaux; ceux-là au coin d'un bois, au détour d'une haie, traqués comme des bêtes fauves. Plaignons-les et ne maudissons pas leur mémoire. Ils aimèrent sincèrement la liberté.