‹ Histoire de la Terreur, d'après des documents authentiques et inédits (volume 3)Chapitre 192 sur 205 · LE GÉNÉRAL KELLEBMANN ET LES COHMISSAIRES DE LA CONVENTION · texte numérisé non relu

LE GÉNÉRAL KELLEBMANN ET LES COHMISSAIRES DE LA CONVENTION

( Voir page 85.)

Hérault aux citoyens Legendre, Basire et Rovére, commissaires à Lyon.

w Chambéry, le 10 avril.

« Chers amis et collègues, a Après l'événement du traître Dumouriez, il est permis de ne rien ménager; je n'ai encore aucune preuve postd're ; mais Kellermann nous est suspect ainsi qu'aux vrais patriotes. Son état-major n'a pas l'air de valoir mieux. Je vous envoie quelques pièces d'après lesquelles vous jugerez. Boutidoux, son homme, reste ici, quoique interdit de la place de commissaire général de l'armée des Alpes que Kellermann lui avait obtenue de Beurnonville et dans laquelle nous avons maintenu le patriote Alexandre. Ce Boutidoux a présenti^ hier au général un mémoire aussi fou que dangereux et dérisoire ; je vous l'envoie, il semble qu'il y ait un projet de n'avoir que de,s troupes de ligne et de décourager les volontaires. Kellermann, que j'avais forcé à se prononcer dans la solennité, où j'ai demandé qu'on lilt à l'armée le décret, et oii j'ai adressé aux soldats quelques discours qui ont été suivis d'un véritable enlbousiasme pour la Bépublique et la liberté, n'a jamais rien voulu dire quiprouvât

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autiietitiquement qu'il désavouerait Dtimouriez. Tout cela nous effarouche; s'il bronche, nous sommes ici quelques patriotes qui lui brûlerons la cervelle.

(1 Kellermann envoie un courrier à PariSj il doit être important. Comme nous sommes fort poliment ensemble, et qu'il a même des formes caressantes, il m'a fait prévenir qu'il envoyait un courrier à Paris; il me demande mes dépêches, je n'écris qu'à la Convention nationale ; mais je remets à ce courrier une lettre insignifiante pour Rovère en le chargeant spécialement de la lui remettre. Ne veillez pas moins à l'arrivée-de ce courrier à Lyon ; faites-le an-êler et voyez ses lettres, et marquez-moi ce qu'il en est,

H Peut-être, comme les nouvelles qu'on a ici sont un peu moins mauvaises, au moins quant aux disposiiions de l'armée, ces messieurs de chez nous auront modifié leur plan et mis de l'eau dans leur vin. Faites, pour la confiance dont nous avons encore besoin pendant quelque temps auprès du général qui a besoin d'être étudié, que cette arrestation de courrier vienne de vous et non pas de nous.

(I Simond est à quelques lieues d'ici ; je vous embrasse pour lui et pour moi.

« Hébault. »

Rovère, Legendre et Basire, commissaires de la Convenlion nationale à Lyon, à la Convention nationale.

u Lyon, ce 11 avril, l'an i' de la République française, à une lieure après midi. ■

« Citoyens nos collègues,

M Sur les avis très-sérieux qui nous avaient été donnés des dispositions liberticides de quelques-uns des machinaieurs envoyés par Beurnonville dans l'armée de Kellermann, et notamment de la proposition formelle qui a été faite à ce général par M. Boutidoux de marcher sur Paris à la tête de six mille hommes,' que cet intrigant se flatloit d'y faire arriver sur le soir du dixième jour, nous avons cru devoir faire arrêter deux de ses courriers dont nous avons scrupuleusement examiné les dépêches. Il en résulte que Kellermann ne veut plus être environné

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que de trou^ies de ligne, qu'il désire surtout commander beaucoup de régiments suisses, et qu'enfin, si l'on ne veut lui composer son armée de cette manière, il demande à la cantonner pour l'exercer, en abandonnant à l'ennemi quelques-unes de nos places frontières qu'il prétend pouvoir reprendre quand il lui plaira, se réservant de lui donner, s'il le faut, une superbe bataille sur notre territoire, et de mettre à profit l'estime des Prussiens qu'il a militairement acquise dans la dernière campagne, pour traiter définitivement de la paix avec eux. C'est ce que l'on verra clairement dans sa lettre au ministre de l'intérieur, si l'on veut ta lire avec quelque attention. Nous adressons à votre Comité de salut public, et les avis que nous avons reçus, et les dépêches que nous avons cru devoir ouvrir eo totalité, à l'exception de celles spécialement adressées à la Convention. Notre position nous mettant à même de prévenir plus promptement toutes les démarches hostiles du général, nous nous flattons que vous approuverez notre conduite à cet égard dont il vous sera probablement rendu compte par voire Comité, et que vous senlirez qu'il est temps de prendre un parti sur Kellermann.

« Les représentants du peuple français envoyés par la Convention nationale à Lyon.

iiJ.-F. BovÈRE, Legendre, C. Basire. »

Kellermann, commandant en chef de l'armée des Alpes, a Garai, minisire de l'intérieur '.

n Au quartier gânârnl, i, Chambéry, le 5 avril 4703, l'an 2' de la Itépublique.

a Je ne vous écris pas officiellement, citoyen ministre Garât, mais bien comme à quelqu'un que j'estime sous tous les rapports et avec lequel je veux causer d'amitié et de confiance sur les circonstances actuelles; vous savez aux actes, mieux que personne, combien ma franchise, mon attachement au bien de

1. Cette lettre était Jointe à la précédente dans l'envoi fait à la Convention- On voit par la lettre suivante que copie en fut Clément envoyée de Lyon à Hérault et i Simond. Nous respectons l'orthograplie et le style du vieux général, qui savsit mieui manier le subre que tenir la plume.

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ma patrie et mes connaissances militaires ont été mal écouté; c'est de là qu'est résulté ce qui se passe maintenant. J'avois la paix la plus glorieuse, le 24 octobre dernier proposé & une entrevue que j'ai eu ce jour avec le duc de Brunsvick, prince de Hohenloé, commandent l'armée autrichienne, le prince de Hesse, ministre de l'empereur à la cour de Berlin, et Louquesing, ministre de Prusse à celle d'Autriche, dans cette conferance ou a assisté le général Valance, il a été convenu que l'Autriche et la Prusse reconnall«roit le plus autentiquement la République françoise en premier lieu ; il a été convenu ensuite, que ny l'une ny l'autre de ces puissances se melleroient, ny directement , ny indirectement, du cydevant roy ny des émigrés, dureste les puissances se retireroient chacune dans leurs États respeciifs et que la paix serdt faite; j'en ai rendu

compte sur le champ aux trois commissaires Carra qui

étoient encore à Longvie et ai dépêché un courier extraordinaire au ministre Pache pour lui en rendre compte et que de son côlé il eu fasse part au Pouvoir exécutif.

. « Je vous rappelle, citoyen, ce fait pour que vous puissiez juger de la diiïérance de notre position si l'on eut accepté; j'avois d'ailleurs l'assurance positive qu'il eut été facile de brouiller les Autrichiens et les Prussiens de façon à engager une guerre entre ces deus puissances et faire un traité avec ces derniers; je dois mûme vous ajouter que je jouissois de l'estime de nos ennemis et de leur crainte, les ayant chassé avec 32 mille hommes dépourvus de tout espèce d'habillement contre des forces le double des miennes qui n'ausèrent pas bouger devant moi, quoique Valance m'ait quitté avec sa division de 16 mille hommes le 2& pour se rendre à Givet j je ne vous fait pas d'autres réflexions; il faut donc venir à notre position actuelle; les événements de la Belgique sont fâcheux, mais tout cela peut se redresser, l'ennemi ne paroit pas assez en mesure pour entreprendre quelque chose sur nos places de guerre frontières. Pourquoi les déroutes? la raison en est simple, cette arméea été trop longtemps en campagne et sans repos on l'a recommencé; beaucoup de recrue et point d'instruction; de cette manière il est impossible d'obtenir de l'ensemble, et, sans ce préalable, point de succès contre des troupes manœuvrières ; ce

n'est pas la quantité d'hommes qui gagne des batailles, c'est la qualité bien oi^anisé, bien discipliné et bien dressé; c'est avec une poignée de soldats que j'ai combattu h l'affaire du 20 septembre contre trois fois plus du monde que je n'avais. Quelle en a été la raison? c'est que nos soldats étaient instruits, disciplinés, qu'ils ont fait des marches forcées, qu'ils ont fait plus de 60 camps avant cette fameuse journée qui leur a fait tant d'honneur; il faut donc profiter du relâche que nosennemis sont forcés de donner à leurs opérations pour apprendre à nos bataillons à manœuvrer ensemble, à bien connottre leurs armes, à bien tirer ; alors nos troupes iront parfaitement bien, et je vous réponds que cela ira, mais de la patiance, de la fermeté et jamais de l'abattement, »

Hérault el Simond, représenianis du peuple, à Chambèry, à la Convention nationale.

« Chambéi?. 11 avril 11U3, l'an i' de la République Tranfaise.

n Citoyens collègues,

K Dans un temps où nos ennemis, désespérant de nous vaincre autrement que par des trahisons, ont cherché à faire périr la liberlé par ceux qui avoient paru la défendre, et où l'on a pu supposer le pian d'une vasie conjuralion entre tous nos généraux, nous aurions été indignes d'Être les représentants du peuple français, si nous n'avions agi avec la plus rigoureuse surveillance. Pénétrés de ce sentiment, nous avions prié nos trois collègues qui sont à Lyon de faire arrêter et examiner les dépêches venant de l'armée des Alpes.

n Ils' ont saisi cette mesure avec zèle, el nous ont envoyé dès le lendemain copie d'une lettre que Kellerraann adressoit au ministre de l'intérieur, et de deux autres lettres de personnes qui entourent ce général. Un de ces individus notamment, nommé Jennesson, son secrétaire, s'exprimoit comme investi de sa confiance, et annonçoit, sur Dumouriez et sur la royauté, des opinions qui ont dû nous rendre Kellermann infintment suspect, surtout en les combinant avec les propositions de

celui-ci à la CoDvenlion nationale et au ministre de l'intérieur, propositions faites pour donner à penser. Nous nous sommes transportés tout à coup chez Kellermann, accompagnés de quelques citoyens des troupes de ligne, des volontaires nationaux, des administrations et de la municipalité, et résolus de prendre un parti de sûreté à l'égard des coupables en attendant la décision de la Convention nationale. Le général a répondu avec calme à nos reproches, et nous a pressés lui-même de vérifier sa correspondance et tous ses papiers. Le salut public nous commando! t cet examen. Il n'y a pas une seule lettre qui n'ait passé sous nos yeux, et nous avons eu la satisfaction de nous convaincre que, dans les relations les plus intimes et tes plus secrètes, dans ces entretiens de l'amitié, dans ces épaochements où un homme révèle ses pansées etses intérêts, iln'y a pas une seule lettre qui, loin d'inculper Kellermann, ne soit faite au contraire pour l'honorer. Nous avons vu avec le même plaisir qu'il n'a point de rapport avec Dumouriez, ni avec les Égalité; d'ailleurs ses dispositions et ses plans sont sages; il s'occupe avec aciivité de l'armée qu'il commande; ainsi, les écrits et les actions sont d'accord; quant aux propositions contenues dans ses lettres, nous convenons que, dans la crise actuelle, et considérées de ce lointain où la liberté trahie par tant de lâches dort devenir plus ombrageuse que jamais, surtout en raison des distances, elles auront pu produire contre lui une sensation très-défavorable. Mais que l'on veuille bien nouscroire, nous qui sommes sur les lieux, qui sommes à portée d'apprécier jusqu'aux nuances, et qui, certes, serions inexorables, si nous pouvions apercevoir l'ombre d'un danger pour la patrie. Alors on saura que ces idées soumises à la Convention, ou déposées dans le sein d'un membre du Conseil exécutif, n'étoient qu'une opinion militaire plus ou moins réfléchie, et nullement un système de perfidie. Au surplus, comme ces diverses expUcalioos entralneroient quelques longueurs, nous les renvoyons à une lettre plus détaillée que nous adressons à voire Comité de salut public.

« Notre visite chfez le général Kellermann a duré quatre heures; les citoyens que nous avions amenés assistoient comme spectateurs pendant que nous faisions le dépouillement des

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papiers. Lorsque nous avons rompu le silence pour déclarer haulement l'innocence du général et ses droits à la conûance des républicains, tous les assistants, magistrats du peuple et militaires, l'ont embrassé avec émotion. 11 n'a pu leur répondre que par des larmes d'attendrissement, et par les protestations d'un redoublement de zèle pour laRépublique française et pour la liberté.

« Nous avons appris que l'armée avoit gardé, pendant cette explication, la contenance ûère et calme qui convenoil à des hommes libres. Nous avons regardé comme un devoir de l'instruire et de la rassurer par la courte proclamation dont nous joignons ici la copie.

(( Nous avons mis le secrétaire Jennesson en état d'arrestation.

« Les représentants du peuple français députés par la Convention nationale au département du Mont-Blanc et à l'armée des Alpes,

" HÉRAULT, SiMOND, »

Hérault el Simond, représenlanls du peuple français, députés

- par la Convention nationale au département du. Mont-Blanc et

à l'armée des Alpes, aux citoyens de la Bépublique française\

(( Obligés de veiller avec plus d'activité que jamais sur les dangers de la République française menacée par tant d'ennemis et lâchement trahie par l'infâme Dumouriez, avec lequel la sollicitude publique se représente presque tous les généraux dans un état de coalition contre la liberté, nous nous sommes empressés de vérifier les pièces qui paroissoient accuser d'une manière grave le général Kellermann, commandant en chef l'armée des Alpes. Après avoir examiné avec une grande attention, et en présence des aiilorités civiles et militaires, la correspondance entière de ce général dans ses relations les plus intimes et les plus récentes, nous avons reconnu qu'il n'a élé véritablement compromis que par l'incivisme et la forfanterie d'un de ses secrétaires que nous avons mis en état d'arresla-

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tioQ. En conséquence, nous devons à la vérité de déclarer que nous n'avons rien trouvé qui puisse faire suspecter la droiture de ses intentions; que le général du 20 septembre n'a pas cessé de mériter l'estime et la conliance de ses concitoyens et de l'armée, et que Kellermann est un homme pur, un républicain digne de conduire à de nouvelles victoires les soldats de la liberté.

« Chambéry, 13 avril 1793, l'an second de la République française.

« Hérault, Siuohd. »

Comité de salul public. — Présents: Guyton, Cambon, Lacroix, Delmas, Bréarl et Lindet. Séance du i7 mai au soir.

11 Les citoyens Legendre, Rovère, Thuriot et Basire , membres du Comité de sûreté générale, invités de se rendre an Comité de salut public, s'y sont rendus pour entendre le général Kellermann ; on a lu les lettres de ce général , celle des commissaires de la Convention nationale. Le général a rendu un compte satisfaisant de ce qu'il a fait pour le service de la République, des mouvements de l'armée des Alpes, des dispositions qu'il a faites et de celles qu'il a projetées.

Il L'Assemblée, convaincue que ce général n'a pas cessé de mériter la confiance de ta nation et qu'il a bien servi la République dans le poste important qui lui était confié, a arrêté que le Comité de salut public fera demain à la Convention nationale nn rapport de ce qui s'est passé et proposera de décréter que !e général Kellermann n'a pas cessé de mériter la coiifiancede la République.

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