LIVRE XXXV. H
« — Ce sont des vengeances nationales! » s'écrie Marat.
Le grand orateur ne daigne pas faire attention au cri rauque de cette hyène et passe à l'examen de sa propre conduite et de celle de ses amis au Comité de défense générale :
« Monsieur Robespierre nous accuse de n'avoir pas voulu prendre les mesures capables de sauver la patrie. Rappelez- vous, citoyens, que vous aviez composé ce Comité des hommes que vous supposiez le plus divisés par leurs haiDcs. Vous aviez espéré que, sacrifiant leurs passions à la chose publique, ils consentiraient à s'entendre, que la l'aison elle danger commun les auraient bientôt mis d'accord, et que, de là, il résulterait plus de calme dans les discussions de l'Assemblée et plus de promptitude dans les délibérations. Empressés de seconder vos vues, nous nous sommes rendus franchement et loyalement à ce Comité. Robespierre et ses amis n'ont presque jamais paru; mais s'ils ne remplissaient pas la lâche que vous leur aviez imposée, ils en remplissaient une bien chère à leurs cœurs : ils nous calomniaient. Ils ne venaient pas au Comité, nous dit monsieur Robespierre, à raison de l'influence que nous y exercions! Ils sont donc bien lâches, puisqu'ils n'osaient entreprendre de la combattre ! Je dois dire comment on a paralysé ce Comité, comment on l'a contraint à se dissoudre. A ses réunions se rendaient habiluellement cinquante, cent, quelquefois deux cents membres de la Couventioa. Ce n'était plus un comité, c'était un club, oti il était impossible de travailler, parce que tout le monde y parlait à la fois, et que
les membres du Comité étaient ceux qui souvent éprouvaient le plus de difficulté pour obtenir la parole. Qu'arrivait-il si, après avoir surmonté ce premier obstacle, le Comité parvenait à mettre quelque objet important en discussion? Alors un des assistants venait vite à la Convention proposer le décret qui se discutait au Comité, de sorte que, quand le Comité avait fini son travail, il apprenait que la Convention l'avait devancé. On se donnait ainsi le plaisir d'accuser le Comité de ne rieo faire. »
A ce récit si véridique de faits encore récents la Montagne oppose d'énergiques dénégations. « On ne voulait pas aller dans un comité où il y avait des conspirateurs », s'écrie un député de la gauche. — Vergniaud lève les yeux et reconnaît dans l'interrupteur l'un des deux administrateurs de la police parisienne qui avaient été envoyés h la Convention en récompense de leurs méfaits de septembre.
<i Je répondrai, dil^il, à Panis, qu'avant d'avoir le droit de m'interrompre, il faut qu'il rende ses comptes. »
Sans plus s'émouvoir des cris de rage que pousse le concussionnaire que, d'un seul mot, il vient de clouer au pilori, Vergniaud reprend : « Monsieur Robespierre nous accuse d'être devenus tout à coup des modérés, des Feuillants. Nous, des modérés! Je ne Tétais pas le 10 août, Robespierre, quand tu étais caché dans ta cave. Des modérés I non je ne le suis pas dans ce sens que je veuille éteindre l'énergie nationale. Je sais que la liberté est toujours active comme la flamme; que, dans des temps révolutionnaires, il y aurait autant de folie à prétendre calmer l'eflervescence du peuple qu'à commander