LIVRE XXXIII
sur uQ fait d'argent, sur les cent mille écus qu'on annonce avoir été remisa Lacroix et à moi. »
a Le renvoi à la Commission! » crient plusieurs voix. Ce renvoi est immédiatement ordonné. Danton est obligé de regagner sa place. Au moment oii il y arrive, ses amis se lèvent en poussant d'effroyables vocifératioûs et en l'invitant à réclamer la parole pour un fait personnel. L' ex-ministre de la justice s'élance de nouveau à la tribune. Il y est accueilli par les applaudissements de la Montagne et des galeries. Une partie de la droite demande l'exécution du décret et réclame l'ordre du jour. Mais Lasource lui-même insiste pour que l'on entende immédiatement Danton. Celui-ci commence sa défense sur un ton calme qui dissimule mal la rage implacable dont il est dévoré. Il veut, avant tout, faire amende honorable des sentiments de conciliation qu'il a exprimés au commencement de la séance. Se tournant vers t'extrême gauche : « Citoyens, s'écrie-t-il, qui êtes placés sur celte Montagne, je dois vous rendre hommage; vous avez mieux jugé que moi ; je tempérais avec effort l'impétuosité que j'ai reçue de la nature; vous m'accusiez de faiblesse : vous aviez raison.
« Eli quoi ! ce sont ces hommes qui par impéritie ou par scélératesse ont constamment voulu que le tyran échappât au glaive de la loi ; ce sont ces mêmes hommes qui prennent aujourd'hui l'attitude insolente de dénonciateurs! »
La droite éclate en murmures; les Montagnards soutiennent l'orateur du geste et de la voix; Danton domine le tumulte et continue :
« Que vous a dit Lasource dans le roman qu'il vient de vous débiter? il a menti quand ÎI vous a dit qu'à mon retour de Belgique je ne m'étais pas présenté au Comité de défense générale. Je suis arrivé à Paris le vendredi 29, à huit heures du soir'. Fatigué de mes courses et de mes travaux à Tarmée, car il faut bien le dire eoUn, Lacroix et moi, nous avons rallié nos soldats sous le canon autrichien, on ne pouvait exiger que je me transportasse immédiatement au Comité. Dès le lendemain j'y suis allé et mes conclusions ont été parfaitement conformes à celles que Camus a fait adopter ce jour-là par la Convention.
Il On prétend que nous voulons un roi, il n'y a que ceux qui ont eu la lâcheté de voter l'appel au peuple, il n'y a que ceux qui ont constamment cherché à exaspérer Dumouriez contre les sociétés populaires et contre la majorité de la Convention, il n'y a que ceux qui ont manifestement voulu punir Paris de son civisme, armer contre lui les départements; il n'y a que ceux qui ont voulu le fédéralisme; il n'y a que ceux qui ont fait des soupers clandestins avec Dumouriez quand il était à Paris... »
« — Lasource en était! » hurle Marat, qui, par ses exclamations approbatives, souligne chacune des assertions de l'orateur,
1. Danton mentait impudemment; il éiait à Paris plusieurs jours avant le vendredi 29- Nous avons prouvé, tome Vl.page 305, qu'il y était arrivé le 24, mais qu'il n'avait paru au Comité de défense géné~ raie et à l'Assemblée que le S7; ce jour-là il prononça le discours que nous avons analysé t. VI, p. 323.
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LIVRK XXXIII. 19
« — Eux seuls sont les complices de la conjuration, et c'est moi que l'on accuse! "
Cette apostrophe lancée à la face des Girondins excite l'enthousiasme de la Montagne et les murmures de la droite. Les plus vives interpellations s'échangent de part et d'autre.. La Convention ressemble dans ce moment à une arène de bêtes féroces prêles à s' entr' égorger.
Danton, l'œil injecté de sang, le poing fermé, jette à ses adversaires ce défi qui devait être le signal d'un combat à mort :
<i Voulez-vous, s'écrie-t-il, un mot qui paye pour tout! eh bien, Sachez-le : il ne peut plus y avoir de trêve eotre les patriotes qui ont voulu la mort du tyran et les lâches qui, en voulant le sauver, nous ont calomniés devant la France. »
Puis se tournant vers la gauche :
<i Républicains, s'écrie-t-il, je vous interpelle tous ; est-ce la terreur, est-ce l'envie d'avoir un roi qui a fait, proscrire le tyran?
« Non ! non ! » répondent un grand nombre de députés.
« Eh bien! si c'est le sentiment profond de vos devoirs qui vous le Bt immoler, si vous avez cru sauver le peuple et faire en cela ce que la nation était en droit d'attendre de ses mandataires, ralliez-vous, vous qui avez prononcé l'arrêt du tyran, contre les lâches qui. ont voulu l'épargner. » Et, du geste, Danton indique les membres de la droite. « Serrez-vous, appelez le peuple à se réunir pour écraser l'ennemi du dehors et l'ennemi du dedans. Confondez par voire vigueur tous
les scélérats, tous les aristocrates, tous les modérés; plus de composition avec eux. Quant à moi, depuis le commencement de la Révolution, j'ai été calomnié de cent manières différenles, je ne m'en suis jamais inquiété; aujourd'hui les homélies misérables d'un vieillard cauteleux ' ont été le texte de nouvelles inculpations. J'ai prouvé que les soupçons élevés contre moi étaient des chimères ou des calomnies, j'ai prouvé que je n'avais rien reçu, que je n'étais comptable de rien. Ce n'est pas moi qui ai dirigé les dépenses qu'a entraînées en Belgique rexécution du décret du 16 décembre; ces dépenses ont été nécessitées pour déjouer les complots des prêtres fanatiques. Ce n'est pas à moi qu'il en faut demander compte, c'est à Lebrun ; j'interpelle de nouveau à cet égard le patriote Cambon ! •>
Celui-ci se lève et atteste que les cent mille cens formaient tout simplement le total des dépenses indispensables pour l'exécution du décret du 15 décembre '.
Satisfait du singulier (/uilus que vient de lui donner le financier de la Montagne, Danton termine ainsi sa fougueuse harangue :
(i J'appelle sur ma tête les investigations de la Commission que vous venez d'instituer, je pulvériserai les