‹ Histoire de la Terreur, d'après des documents authentiques et inédits (volume 4)Chapitre 129 sur 200 · LEVRE XXXI · texte numérisé non relu

LEVRE XXXI

— Le sort de Lafayetle n'est pas (entant pour ses imitateurs.

— Lafayotte, par sa conduite aux 5 et 0 octobre, s'était attiré la haine des puissances de l'Europe ; mais naoi, je suis aimé et estimé d'elles toutes. D'ailleurs, je passerai chez elles de manii'i-e à m'en bien faire recevoir.

([ ... J'aurais déjà enlamé l'exécution de mes projets, si je n'avais craint pour les jours de cette iuroriunéc qui est au Temple et pour ceux de sa précieuse femille ; mais si je marche sur Paris, je o'irai pas en faire le siège à la manîèrede Broplie, qui n'a pas connu sa besogne. Je l'affamerai en huit jours avec douze mille hommes postés sur les rivières qui arrêteront tous les approvisionnements. »

I^ conversation se poursuit sur les jacobins et sur le rtlle qu'ils pourraient jouer dans la révolution qui se prépare. Dtihuisson,qui fait partie de la loute-puissante société, semble promettre à Dumouriez leur concours. Probablement chacun des interlocuteurs plaide ie faux pour lâcher de savoir le vrai. Après de nombreux propos échangés sans que l'on puisse arriver à une conclusioD nette et précise, les trois commissaires prennent congé de Dumouriez, se hâtent de quitter Toumay et courent à Paris rendre compte des confidences si extraordinaires qu'il viennent de recevoir '.

1. Dnmoiirioz Sse encore à cotte entrevue uoe date inexacte. Il dit. chapitre x de ses Mémoire», que les trois émissaires de Lebrun arrivèrent le S9 à Tournay. 11 avait oublié que fui-mftme, dans uno lettre adressée à Baurnonvilte le tS mars et imprimée au Moniteur dn 2 avril, n° 9Î, il parlait de l'entrevue qu'il avait eue avec les trois

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En passant par Lille, ils y trouvent réunis Lacroix. Robert, hterlia et Gossuin , auxquels ils recommandent de veiller de plus en plus à la sûreté de cette ville et des autres places fortes des environs, saos s'expliquer d'une maai^re très-explicite sur les dangers qui menacent la République. Le âO mars, k buit heures du matin, ils arrivent à Paris et s'empressent de se rendre chez le ministre des affaires étrangères de qui ils ticonenl leur

Revenons de quelques jours en arrière, et sachons ce qui se passait pendant ce temps à la Convention.

La nouvelle du désastre de Nerwinde y est parvenue le 21 mars. Marat, naturellement, en prend texte pour déblatérer contre le chef et contre les soldats. 1 Oui, s'écrie-t-il, nous n'avons pas de généraux capables de faire face à l'ennemi, nous n'avons pas de troupes capables de livrer bataille. * Des cris d'indignation éclatent de toutes parts et font justice du- misérable bouffon : « Il est payé par nos ennemis. — Il est en démence. — Laissez-le vomir ses calomnies. — laissezle se démasquer. » Marat est obligé de quitter la tribune ; mais les ferments de discorde qu'il y a apportés

rommissaires et de leur départ. Du reste, Dumouriez reconnait que le procéa-verbal drossé par les envoyés de LebruD à la date àa 31 mars et inséré au Moniteur du 3 avril reproduit, sauf quelques détailE peu importants, le careciëra principal de la conversation qu'il «ut avec eux.

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De font que' se développer sous la pression des événeinenls. Chaque mauvaise nouTelle transmise de la Vendée ou de l'armée du Nord déchaîne les passions les plus fougueuses ; chaque pétition écrite dans un sens montagnard ou girondin sert de texte aux déclamations les plus violentes du parti contraire' ; chaque manifestation des tribunes, et Dieu sait si elles les épargnent, devient le signal d'une proposition pour réprimer leur insolence, d'une contre-proposition pour la légitimer*.

Dans la Convention, dans les clubs, sur les places publiques chacun a le pressenti ment de la crise qui approche, chacun sent le souffle de la tempête s'agiter au-dessus de sa (été. On ne peut prévoir ni quand ni comiuent l'orage éclatera ; mais on comprend qu'avant tout il faut raffermir le bâtiment sur ses ancres et donner plus d'autorité et de force à ceux qui tiennent le gouvernail. Déjà plusieurs fois on a attaqué la composition vicieuse du Comité de défense générale, on a signalé les nombreux vides qui s'y sont faits par l'envoi en mission d'un grand nombre de ses membres. Le 25 mars, la Convention se décide à apporter des cbangements à l'organisation de ce Comité, auquel elle donne pour la première fois le nom de Commission de Salut public.

1 . Voir les discussiors soulevées par les pétitions de Marseille et d'Amiens dans les séances des 31 et S4 mars.

3. Dans la seule séance du SO mars, il fut déposé sur le bureau du président huit propogilions différentes ayant toutes pour but la police des tribunes. Elles Turent renvoyées au romité de législation qui ne fit aucun rapport.

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3St HISTOIRE DE LA TERREUR.

Mais ces chaQgements ne gont dï assez radicaux, ni assez habilemeQt combinés. On est d'accord pour trouver la machine trop compliquée, et ou lui conserve les mêmes rouages ; pour regarder le chiffre de vingtcinq membres comme trop considérable, et on te maintient; pour blâmer la présence dans le Comité, avec vois consultative, de tous les députés, et on ne coupe pas court à ce- monstrueux abus qui entrave lout^ les délibérations et les livre à une publicité intempes- tive'.

Le lendemain, le président Jean Dcbry propose, au nom du bureau, la liste des représentants appelés à faire partie du nouveau Comité.

Cette liste est accueillie par les murmures de l'extrême gauche, mais elle est adoptée sans aucun changement par le reste de l'Assemblée. Elle comprenait :

Neuf girondins i Pélion, Gensonné, Barbaroux, Vcrgniaud.Buzot, Guadet, Condorcet, Lasource, Isnard; neuf députés des centres : Sieyos, Camus, Cambacérès, Quinette, Guyton-Morveau, Delmas, Bréard, Barère, Jean Debry; six montagnards: Dubois^Crancé, Danton, Robespierre, Ruhl, Prieur (delà Marne), Camille Desmouhns.

Quoique Danton et Robespierre fissent tous les deux partie du nouveau Comité, les démagogues n'en furent pas moins furieux de l'espèce d'exclusion dont on avait usé vis-à-vis de leurs amis. Ils jurèrent de ne pas laisser longtemps subsister un Comité où on les avait

(. Voir au MoHileiir, n" 46, le texte même du décret.

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