LIVRE XXXI
Dumouriez ne tarderait pas a passer d'un mécontentement assez mal dissimulé à une révolte ouverte.
Le général en chef de l'armée du Nord venait de faire filer ses troupes vers Condé et Valenciennes, et s'apprêtait à évacuer complètement la Belgique en transportant de Tournay à Saiot-Amand son quartier général . Ce mouvement avait l'avantage de l'éloigner de plus en plus des commissaires de la Convention qui, de Lille, surveillaient ses mouvements et contrecarraient ses projets.
Ceux-ci, aussitôt après avoir reçu les demi-confldences de Proly et de ses deux compagnons, avaient expédié une réquisition ainsi conçue :
II Les commissaires de la Convention nationale près les armées de la Belgique et dans les départements du Nord et du Pas-de-Calais, réunis, requièrent le général Dumouriez de se rendre aujourd'hui, 29 mars, dans l'après-midi,' à Lille, maison du citoyen IVIouquet, place du Lion-d'Or, pour s'expliquer avec eux sur des inculpations graves qui le concernent et dont il lui sera donné communication.
(• Le général Dumouriez conGera le commandement de son armée, pendant son absence , à l'oiBcier général à ses ordres qu'il jugera le plus propre à le remplacer.
■ LlUe, le 3» ma» 1793, ui II*.
<< GossGiN, Lacroix, Cabnot, Mbrlin (de Douai) , Robert, Thbilhard, Lesage-Sénaut. »
DictizedbyGoOJ^IC
Dumouriez, au lieu d'obéir, adressa, le jour méiue, aux commissaires, cette réponse tant soit peu ironique :
« 39man.
u II m'est impossible , Citoyens commissaires , de laisser un instant l'armée dans le moment oîi ma présence seule la retient, où, par la défection de la droite et de la gauche, je suis en l'air par l'approche de Clairfayt qui est aujourd'hui à Ath, de l'archiduc Charles qui est arrivé cette nuit à Mons, et du général Mylius qui s'avance sur Courirai. Me voilà presque cerné et forcé à un mouvement rétrograde que je suis obligé de diriger moi-même.
Il Si j'allais à Lille, l'armée aurait des craintes, et certainement je n'entrerais dans cette ville qu'avec des troupes pour la purger de tous les lâches qui ont fui et qui me calomnient. Envoyez-moi deux ou quatre d'entre vous pour m'inlerroger sur les imputations graves que l'on met en avant. Je répondrai sur tout avec ma véracité connue ; mais je vous déclare que je ne peux pas en même temps plaider et commander. Ma tête ne suffirait pas à ces deux genres de guerre.
« DUHOURIEZ. »
Cette réponse envoyée, le général en chef repasse la frontière, établit au camp de Maulde l'armée des Ardennes, au camp de Emilie celle de Belgique. Ces deux camps ont leur front couvert par l'Escaut et ne sont séparés entre eux que par la Scarpe, au moment où elle va réunir ses eaux à celles du fleuve. Pour les mettre en communication permanente l'un avec l'autre,