‹ Histoire de la Terreur, d'après des documents authentiques et inédits (volume 4)Chapitre 30 sur 200 · LIVRE XXVI · texte numérisé non relu

LIVRE XXVI

A[)rès ce [ja^ambiile qui lui attire les applaudissements de la droite, Barère rappelle que les troubles ont commencé à dix heures du matin et que la force publique ne s'est mise en mouvement qu'à cinq Iieures du soir; il reproche vivement aux autorités de Paris leur imprévoyance et leur inertie, au commandant général, son absence; conduite d'autant plus impardonnable que depuis plusieurs jours les troubles étaient prédits et comme organisés dans les journaux. « Lisez le Républicain Français du 23 février, s'écrie-t-il, et dites-moi s'il est possible de lire mus indignation le récit de la séance du Conseil générât de la commune, lleportez-vous aux prapos tenus dans celte séance, dites-moi si ce sont là di's honmies qui respectent la Iteprésentation nationale, (lui veulent sincèrement l'ordre public ' . Oui, ces troubles

1. Voici le pasiage du Itèpublicuin français auquel Bnrôrc f.iit ici nliusion.

« Les ouvrières blanchisseuses élanl vernies se plaindre de l'etcessive clierté du savon, Chaumolte a dit : n Nous avons détniil les nobles el les Capets; il nous reste encore une aristocratie à renverser, c'est celle des riches et des bouiiquiurs qui accaparent les subsistances du peuple pour le forcer à se mettre à leurs genouï; il 'faut les poursuivre et je me déclare ouvertement contre eux quoiqno je sache bien que, s'ils ont le dessus, je serai guillotiné. Je demande que nous nous iransporlions à la Convention pour obtenir la poinide mort contre les accapareurs, b

■ Hél^ert a parlé dans le même sens que Chaumctlo et s'est pris du renchérissement des denrées aux partisans du traître Capet, qui accaparent pour Taire regretter l'ancien régime, et aussi à Roland qui, quoique déplacé, est encore derrière la loile.

< Jacques Rba\ a appuyé l'avis de ses collègues, mais il a ajouta : ■ Si nous avons des représentants infidèles, la guillotine est là pour les punir, ot s'ils ne veulent pas, s'ils ne peuvent pas sauver le

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étaient anaoncés et, si Je voulais salir ma bouche des paroles d'un journaliste atroce ou insensé, trop connu pour que je veuille le nommer... » Barère, étonné de son audace, s'arrête et ne prononce pas le nom de Marat; il se rejette dans la réfutation banale des théories de la loi agraii'e et demande en terminant que le Comité de sûreté générale soit tenu de rendre compte, dès le lendemain, des mesures prises pour faire cesser les troubles de Paris et pour en découvrir les instigateurs.

Salles tient à lire l'article auquel le précédent orateur s'est contenté de faire allusion. Cette lecture est accueillie par des cris d'indignation presque unanimes. On demande de toutes paris le décret d'accusation contre Marat. Celui-ci s'élanceà la tribune. <i 11 est tout simple, dit-il de sa voix la plus stridente, qu'une faction criminelle, qu'unehorde ennemie de la liberté... n Accdébut, des murmures éclatent dans l'immense majorité de l'Assemblée; Yami du peuple répète sa phrase en désignant d'uD geste provocateur ses adversaires de la droite. Il Oui, ajoute-l-il, la vérité leur fait peur, mais on l'entendra malgré leurs cris; oui, il est tout simple que celte horde qui a conspiré |)Our sauver le tyran, qui voulait appeler la guerre civile dans la République, ne voyant plus le salut pour elle que dans une contrerévolution, veuille aujourd'hui me décréter d'accusation pour avoir usé de la liberté des opinions et proposé le seul moyen qui puisse sauver le peuple dans le silence des lois...

peuple, disons au peuple de se sauver lui-même, de se venger de ses ennemis. (Applaudissements des Iribuoes.) >

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<i ËD faut-il davantage? Aux voix le décret d'accusation ! » s'écrient plusieurs députés.

u Les mouvemeDls populaires qui ont eu lieu hier, reprend Marat , sont l'ouvrage de cette faction crïminelleetde ses agents. Ce sont les émissaires de Roland qui sont venus dans les sections fomenter les troubles, et parce que, dans l'indignation de mon cœur, j'ai dit qu'il fallait pillerles magasins des accapareurs et pendre ceuxci à leurs portes, seul moyen de sauver le peuple, oo demande contre moi le décret d'accusation ! »

A cette nouvelle apologie du pillage et de l'assassinat, l'Assemblée répond par un mouvement d'horreur. ,

« Aux voix le décret, » crie-t-on de toutes parts.

Maral descend de la tribune en riant et en haussant les épaules. Au moment où il traverse la salle, il lance un regard de dédain sur ses collègues de la droite : " Les cochons, les imbéciles, » dit-il assez haut pour être entendu de toute l'Assemblée'. « Il est temps, s'écrie Lehai-dy (du Morbihan), de savoir si la Convention, prenant l'attitude qui lui convient, prononcera entre le crime et la vertu; il est temps de savoir si la moitié de la Convention est composée de scélérats, ou si Marat peut attaquer impunément chaque jour la souveraineté du peuple dont il se dit l'ami. »

H Je demande, ajoute Lesage (d'Eure-et-Loir) que la discussion soit fermée sur les accusations à diriger contre Marat et que l'on n'entende plus que ses dé-

t. Ces araénilcs Tort peu parlementaires de ['ami du peuple sont constatées par le Moniteur lui-mèmi, n" 59.

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69 HISTOIRE DE L.V TRRRECR

Tenseurs. — Qui osera défendre Marat? « orient plusieurs députés. A cet appel, deux raonlagnards, Lejeune et ThirioD, se lèvent : h Sans être ami de Marat, disentils, on peut défendre la liberté de la presse. »

" Je ne veux pas de défenseur, s'écrie l'ami du pmple; la dénonciation que vous venez d'eiilendre est une manœuvre (le la cabale qui poursuit la députalion de Paris ; ils veulent ni'écarter de J'Assemblée parce que je les im[H)rtune en dévoilant leurs complots. Vous ne pouvez rendre un dc'cret d'accusation contre moi, puisque vous avez décrété la liberté des opinions; je demande, au , contraire, un décret qui envoie les hommes d'Etat aux petiles-maisons. »

Buzot réclame ironiquement la parole en faveur de l'accusé : n Je ne rappellerai pas à l'Assemblée, dît-il, qu'elle a rejeté une loi contre les provocateurs au meurtre. Plusieurs événements depuis ont prouvé combien cette loi était nécessaire ; mais de grands inconvénients s'attachent aux décrets d'accusation portés avec précipitation : ils sont souvent illusoires. Que ne s'ensuivrait-il pas contre la Convention, si elle décrétait d'accusation monsieur Marat, et que monsieur Marat fîit acquitté par le jury de Paris? » — L'épithète de monsieur accolée au nom de l'ami du peuple parait aux partisans de p«lui-ci la plus grave injure qui puisse t^tre lancée contre lui. « C'est vous qui êtes un monsieur, « crie-t-on à Buzot de l'extrême gauche.

L'orateur rappelle que ce qu'imprime Marat " se dit tous les jours dans les tripots où celui-ci va puiser les maximes qu'il débile ensuite à deux sous la feuille; » il

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