‹ Histoire de la Terreur, d'après des documents authentiques et inédits (volume 4)Chapitre 41 sur 200 · LIVRE XXVII. K · texte numérisé non relu

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toute la rive droite du Rhin, à l'exception des deux petits forts de Eœnigslein et deCassel, est évacuée par les Français.

L'armée de la Moselle, successivement placée sous les ordres des généraux Kellermann, Beurnonville et Ligneville, s'est épuisée dans des combats de peu d'importance autour de Pollengen et n'a pu prendre que très-tard ses quartiers d'hiver.

Les armées du Nord et des Ardennes, placées toutes deux sous le commandement supérieur de Dumourîez, sont dispersées sur une très-vaste étendue de terrain ; ce qui ne permet pas de bien surveiller les cantonnements et de maintenir dans les troupes une discipline exacte et sévère. Le vainqueur de Jemmapes, mécontent et indécis, s'est retiré, comme Achille sous sa tente, dans le palais épiscopal de Liège et abandonne les provinces belges aux violences et aux exactions des commissaires du pouvoir exécutif. Tout se désorganise ; la maraude et la désertion prennent des proportions énormes ; l'effectif est réduit de moitié et ce qui reste est soumis à d'effroyables misères, à des privations

Comment les choses ont-elles changé de face si subitement? Comment des arnjées naguère si nombreuses et si brillantes sont-elles tombées à un tel degré de faiblesse matérielle et d'atonie morale? C'est ce qu'il serait

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difficile d'expliquer si l'on ne savait dans notre pays, par plus d'une expérience, combien une machine aussi compliquée que celle de l'administra lion des armées demande de soins, de surveillance et d'expérience pratique pour que tous ses rouages fonctionnent régulièrement et portent partout le mouvement et la vie. Les bureaux de la guerre avaient à faire face à des besoins en hommes et en matériel doubles ou triples peut-êtM> de ceux, qui s'étaient manifestés lors des plus grandes guerres du règne de Lquîs XIV. Louvois avait succombé à la tâche, et Fâche n'était pas Louvois.

Le problème à résoudre était celui-ci : résister à une coahtion plus forte et plus nombreuse que toutes celles qui, à diverses époques, avaient menacé l'existence de la monarchie française ; approvisionner, faire mouvoir dix armées à la fois, et n'avoir pour cela qu'un papier déprécié, des cadres désorganisés, des chefs sans expérience, des gardes nationaux sans instruction militaire.

Le nombre des employés du ministère avait été doublé ; mais toutes les places nouvelles avaient été données par l'ex-ami de Roland à ses af&dés du club Saint-Honoré; la plupart des anciens emplois avaient été retirés aux titulaires que l'on ne trouvait pas à la hauteur des circonstances. Car ce qu'on demandait avant tout aux commis du gouvernement, ce n'était ni la connaissance des traditions, ni l'habitude du travail, mais les mœurs el les principes du plus pur jacobinisme. La toilette la plus sale, le langage le plus abject, le cynisme le plus impudent, étaient les passe-ports obliges

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pour être admis et conservé daos les bureauit de Pache. SoDgeodre Xavier Audoin, ex-vicaire de Saint- Thomas-d'Aquia , avait été Domnié par lui secrétaire géoéral et faisait subir ud exameo détaillé sur faits et articles à tous ceux, qui préteodaieut aux faveurs miaistérielles '.

Les fournitures donnaient lieu aux trafics les plus honteux, aux fraudes les plus déplorables. Les chemises étaient fabriquées avec des toiles d'emballage, les chaussures ne pouvaient résister à quelques heures de marche, toutes les marchandises étaient reçues sans aunage et saDS procès-verbaux. Une fois en magasiD, on reconnaissait qu'elles étaient de rebut et ne pouvaient décemment être distribuées h la troupe.

Au lieu de couciure des marchés sur place, le comité des achats centralisait toutes les fournitures à Paris, d'on elles étaient expédiées aux différentes années. C'était, disait Cambon, pour donner des moyens de subsistance aux ouvriers français et surtout aux ouvriers parisiens et les empêcher de se livrer au désordre. Mais ces fournitures, fort mauvaises, se faisaient à des taux ruineux. Au prix principal venaient s'ajouter des frais de transport énormes; les routes se défonçaient et les approvisionnements les plus nécessaires n'arrivaient qu'un mois ou deux après le jour où ils étaient attendus. On dépensait deux cents millions par mois et on ne parvenait à aucun résultat. Les fourrages manquaient pres-

1 . Voir les Mémoires du comte Miût de Melilo, i" volume. On peut ajouter la foi la plus complète à cel ouvrage plein de particularité iat^ressantes.

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que partout; en décembre et janvier, dans la seule armée de Belgique, six mille chevaux, moururent de Taim.

Chaque jour de nouveaux décrets faisaient aux troupes les plus belles promesses; aucune d'elles ne se réalisait. On avait garanti des secours pécuniaires aux femmes et aux enfants des défenseurs de la patrie; mais cesj secours étaient retardés par mille lenteurs administratives et aussi par la pénurie du trésor public. A Paris on donnait peu; dans les campagnes, rien. Les gardes nationaux qui se trouvaient à trente ou quarante lieues au delà des frontières recevaient des lettres lamentables lie leurs familles, les rappelant à grands cris et leur peignant l'affreuse misère à laquelle elles se trouvaient i-éduites.

Les volontaires de 1791 formaient avec les troupes de ligne le fonds de l'armée; car ceu\ de 1792 avaient encore eu ii peine le temps d'être réunis, formés en bataillons et quelque peu exercés. Or, d'après les termes mêmes de leur engagement, qui ne devait durer qu'une année, les premiers étaient libérés de droit le 1" décembre 1792. Souffrant chaque jour de l'affreux dénùment dans lequel on les laissait, apprenant la position désastreuse de leurs familles, beaucoup d'entre eux croj^aient pouvoir se faire à eux-mêmes la justice qu'on leur refusait. Ils se disaient qu'ils avaient repoussé l'ennemi des plaines de la Champagne, qu'ils avaient envahi la Belgique et le Palatinat , qu'ils avaient largement payé leur dette à la patrie et que d'autres maintenant devaient achever une œuvre si bien com-

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mencée. Aussi les routes de Flandre, d'Alsace et de Lorraioe étaienl-elles couvertes de gardes nationaux qui abandonnaient leurs bataillons avec armes et bagages. Comment en aurait-il été autrement ? Ils savaient qu'on ne pouvait leur appliquer les peines sévères qui en tout temps ont puoi la désertion ; ils étaient fort peu impressiODoés par les proclamations que leur adressait la Convention, par les promesses qu'elle leur prodiguait, par ' les peines dérisoires qu'elle ôdictait contre eux '.

Les hommes restant sous les drapeaux croyaient, pour prix du sacriuce qu'ils s'imposaient, avoir le droit de s'affranchir des règles qui eu tout temps et en tout pays ont été jugées indispensables au maintien de la discipline. Pour être fidèle à la déclaration des Droits de l'homme, le législateur n'avait-il pas lui-même prêté la main au désordre et à l'insubordination? n'avait-on pas d'abord laissé tomber en désuétude et ensuite abrogé * les ordonnances qui empêchaient les soldats de ne marier? n'avait-on pas déclaré ces règlements, et bien d'autres encore, contraires à la liberté des citoyens, indignes par conséquent de ligurer dans le code des armées républicaines?

On conçoit facilement jusqu'oii, en pareille matière,

I . Un décret du 1 3 décembre portait que tout volontaire national qui atnndonnerait son poâte serait noté par la municipalité du lieu de son domicile sur un tableau d'inacription civique, comfhe ayant refusé h la patrie le secours qu'elle lui demandait. Par contre, le même décret promettait une pension de retraite, convertJssable en acquisition de biens nationaux, à tous les citoyens qui auraient servi sans interruption jusqu'à la fin de la guerre.

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