LIVRE XXI. 8Î
valet du tyran. Mais le dire de l'espion de la Commune n'étant corroboré d'aucune preuve, les juges mettent Cléry hors de cause ainsi que son coaccusé.
Lorsque le fidèle serviteur rentrait au Temple, il était minuit; le roi venait de se coucher. On ne permet point à Cléry de lui annoncer son retour; le lendemain seulement, Louis XVI sait à quel péril vient d'échapper le compagnon de sa captivité i.
Ce fut le même jour, 26 octobre, qu'eut lieu la translation des autres membres de la famille royale dans la grande tour du Temple2. Elle n'amena naturellement au-
4. Nous avons vérifié, sur les pièces mêmes de la procédure instruite par le tribunal du 47 août, la complète exactitude des faits racontés par Cléry dans ses mémoires. Le jeune garde national s'appelait Alexandre-François Breton, âgé de 26 ans, négociant, rue de Bièvre. L'officier municipal qui l'avait dénoncé s'appelait J.-B. Fournet, ancien charron.
5. Celte tour, flanquée de tourelles, avait quatre étages. Au rezde-chaussée était la salle où se tenaient les officiers municipaux , et que, à cause de cela, on appelait la chambre du Conseil. Le premier étage servait de corps de garde ; le second et le troisième étaient affectés au logement de la famille royale.
Avant les nouveaux aménagements ordonnés par la Commune, chaque étage ne comprenait qu'une seule et vaste salle traversée par un gros pilier qui, partant du pied de la tour, en supportait la toiture. Les salles affectées à la chambre du Conseil et au corps de garde avaient été laissées dans leur état primitif; mais le second et le troisième étages avaient été divisés chacun en quatre pièces au moyen de cloisons en planches.
Le second comprenait une antichambre, la chambre à coucher du roi, où avait été placé un lit pour le Dauphin, celle de Cléry et la salle à manger. Des quatre tourelles qui flanquaient le donjon, Tune renfermait l'escalier qui montait jusqu'aux créneaux ; une autre ajoutait à la chambre du roi une petite pièce dont il avait fait son ora-
cun changement daûs les habitudes des malheureux prisonniers; les repas, les lectures, les promenades restèrent réglés comme par le passé*
Depuis près de trois mois qu'ils étaient au Temple, ils n'avaient encore vu que des officiers municipaux , lorsque le i*r novembre, à dix heures du matin, on leur annonça l'arrivée d'une députation de la Convention nationale. Elle était composée de Drouet, de Chabot, de Duprat, tous les trois membres du Comité de sûreté générale. Elle avait été chargée « de vérifier l'état de situation de la personne de Louis Capet et de sa famille, et de prendre connaissance des mesures adoptées par le Conseil général de la Commune et par le commandant général de la garde nationale de Paris pour la conservation des otages confiés à leur garde. »
En reconnaissant Drouet, l'ancien maître de poste de
toire et un cabinet de lecture. Les deux dernières servaient à des usages domestiques (garde-robe, bûcher).
Le troisième étage reproduisait à peu près la même distribution que le second ; la reine logeait avec sa fille au-dessus du roi, MŒe Elisabeth au-dessus de Cléry ; la dernière pièce qui répondait à la salle à manger de l'étage inférieur, était habitée par Tison et sa femme, spécialement chargés du service des princesses.
Le quatrième étage n'était pas occupé.
Chacune des chambres de la tour était éclairée par une fenêtre dont l'embrasure avait neuf pieds de profondeur, et qui était munie en dehors de gros barreaux de fer. L'escalier était coupé par cinq ou six guichets, dont les portes basses, étroites et garnies de gros verrous, tournaient lourdement sur d'énormes gonds. La porta d'entrée de la tour avait été munie d'une serrure apportée des prisons du Chàtelet.