LIVRE XXI. S
prévenus, au moment même où commençait leur interrogatoire, qu'il leur était permis de s'asseoir. Il demanda formellement que la même invitation fût faite i\ Louis XVI ; cette proposition fut adoptée sans discussion4.
Manuel aimait à jouer le rôle de- républicain farouche, et, dans ce moment, il y tenait d'autant plus que chaque jour il devenait plus suspect à ses anciens amis les Jacobins2. Iï fait observer que toutes les questions préliminaires sont vidées. « Dès lors, ajoute-t-il , comme la Convention n'est pas condamnée à ne s'occuper aujourd'hui que d'un roi, je pense qu'il serait bon de reprendre la discussion de la loi sur les émigrés, dussions-nous faire attendre Louis à son arrivée. » En conséquence, Osselin, rapporleur de celte loi, monte à la tribune. Déjà. il avait donné lecture de plusieurs articles lorsque Santerre paraît à la barre : « Citoyen président, dit-il, Louis Capet est arrivé, il est aux portes de la salle. »
Le président Barère lui répond : « La Convention nationale a ordonné que Louis serait traduit devant elle ; faites exécuter son décret. »
1 . Le Moniteur ne s'explique pas sur le genre de siège qui fut offert à Louis XVI. Le Journal des Débals el Décrets, p. 201, n° 84, dit formellement qu 'une chaise fut apportée à la barre.
2. Le 9 décembre, Manuel avait dénoncé la prétention élevée par Marat de prendre officiellement le litre d'ami du peuple, et avait fait rendre un décret qui ordonnait de faire disparaître ce surnom des pièces imprimées par ordre de l'Assembléa. [Moniteur, n°346.) La vengeance ne se fit pas attendre ; quinze jours après, Manuel était rayé de la liste dei Jacobins. (Journal du Club, n° 3*8.)
Santerre sort, et Barère profite de ce moment pour rappeler à l'Assemblée toute la solennité de la circonstance. « L'Europe vous observe, dit-il, l'histoire recueille vos pensées et vos actions. L'incorruptible postérité vous jugera avec une sévérité inflexible; que votre attitude soit conforme aux nouvelles fonctions que vous allez remplir... Et vous, citoyens des tribunes, vous êtes associés à la gloire et à la liberté de la nation dont vous faites partie. Vous savez que la justice ne préside qu'aux délibérations tranquilles. La Convention s'en repose sur votre entier dévouement à la patrie et sur votre respect pour la représentation nationale. Souvenez-vous du silence terrible qui accompagna Louis ramené de Va rennes, silence précurseur du jugement des rois par les nations. »
Louis XVI entre dans ce moment, les généraux Berruyer et Santerre sont à ses côtés. Un profond silence règne dans l'Assemblée.
— « Louis, dit le président, la nation française vous accuse; on va vous donner connaissance de l'acte énonciatif des délits qui vous sont imputés. Vous pouvez vous asseoir. »
Louis XVI s'assied, et l'un des secrétaires lit l'acte entier; puis le président, reprenant chaque article, interpelle l'accusé sur ce qu'il a à répondre aux charges qui y sont énoncées.
On ne suivait dans tout ceci aucune des formes déjà