‹ Histoire de la Terreur, d'après des documents authentiques et inédits (volume 5)Chapitre 129 sur 279 · LIVRE XXI · texte numérisé non relu

LIVRE XXI

Conférences qu'il plût à la Convention de rendre un nouveau décret autorisant Santerre à le ramener au Temple. Une incroyable incurie présidait à tout ce qui touchait la personne de l'infortuné monarque; celui dont naguère tous les désirs étaient prévenus aussitôt que pressentis, n'avait pas mangé depuis le matin. Plein d'impatience et d'anxiété, il avait longtemps attendu l'arrivée des officiers municipaux chargés de le conduire à la barre de la Convention ; il avait subi les regards de la foule curieuse et étonnée pendant tout le trajet du Temple au Manège de la rue Saint-Honoré; il avait souffert toutes les angoisses d'un long et pénible interrogatoire; pendant ces mortelles heures, il avait été obligé de refouler au fond de son âme toutes les révoltes de son cœur ulcéré; il était épuisé de lassitude et de faim.

Isolé au milieu de la foule de gens de toute sorte qui l'entourent et qui l'observent, Louis XVI n'a pas un ami, pas un serviteur dont il puisse recevoir quelques soins, quelque consolation. Il est obligé d'implorer la pitié d'un de ses ennemis déclarés. Voyant le procureur-syndic de la Commune , Chaumette , manger un morceau de pain, il s'approche de lui et lui demande à demi- voix la faveur de partager son maigre repas. Chaumette craint d'avoir l'air de recevoir une confidence qui pourrait lui être imputée à crime; se rejetant en arrière, il dit à Louis XVI d'un ton bourru : « Demandez tout haut ce que vous voulez, monsieur. — Je demande un morceau de pain, répond le roi avec douceur. — Volontiers, lui dit d'une voix radoucie

le jeune énergumène, rompez. C'est un déjeuner de Spartiate. Si j'avais une racine, je vous en donnerais la moitié. »

Le décret ordonnant la réintégration de Louis XVI au Temple est enfin apporté à San terre, et le triste cortège se remet en marche. Le voyage du soir est plus douloureux que n'a été celui du matin. Le roi, en descendant dans la cour des Feuillants , est salué par le terrible refrain de la Marseillaise :

Qu'un sang impur abreuve nos sillons!

qu'entonnent en chœur les charbonniers et les forts de la halle, qui se trouvent de garde à l'Asesmblée. Tout le long de la route, des cris : Mort au tyran ! vive la mtionl se font entendre. Les agitateurs avaient eu le temps d'enfiévrer la populace, une longue attente avait surexcité les passions, et on se vengeait sur le malheureux. Louis XVI du froid et de la fatigue supportés à sod occasion.

Le roi reste impassible devant le spectacle de toutes ces fureurs ; mais son cœur est serré et il ne se sent plus la force d'achever le triste repas qu'il doit à la pitié de Ghaumette. Le greffier Coulombeau, qui voit le prisonnier embarrassé du reste de son pain, le lui prend des mains et le jette par la portière.

« Ah! s'écrie Louis XVI, c'est mal de jeter ainsi le pain dans un moment où il est rare.

— Et comment savez-vous qu'il est rare? réplique Ghaumette.

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