‹ Histoire de la Terreur, d'après des documents authentiques et inédits (volume 5)Chapitre 189 sur 279 · LIVRE XXIU · texte numérisé non relu

LIVRE XXIU

Demande au riche! Abus! dans la mienne, il lui prend. Tout est commun. Le vol n'est plus vol; c'est justice. J'abolis la vertu pour mieux tuer le vice.

Forlis, l'ami des lois, flétrit en ces termes les démagogues de tous les temps :

Patriotes! ce titre et saint et respecté

A force de vertus veut être mérité.

Patriotes! Eh quoi, ces poltrons intrépides

Du fond d'un cabinet préchant les homicides ,

Ces Solons nés d'hier, enfants réformateurs

Qui rédigent en lois leurs rêves destructeurs!...

Ah! ne confondez pas le cœur si différent

Du libre citoyen , de l'esclave tyran.

L'un n'est point patriote et vise à le paraître;

L'autre tout bonnement se contente de l'être.

Le mien n'honore point, comme vos messieurs font,

Les sentiments du cœur de son mépris profond.

L'étude, selon lui, des vertus domestiques

Est notre premier pas vers les vertus civiques.

Il croit qu'ayant des mœurs, étant homme de bien,

Bon parent, on peut être alors bon citoyen.

Compatissant aux maux de tous tant que nous sommes,

Il ne voit qu'à regret couler le sang des hommes ;

Et du bonheur public posant les fondements ,

Dans celui de chacun en voit les éléments.

Voilà le patriote! il a tout mon hommage.

Vos messieurs ne sont pas formés à. cette image...

Ce sont tous ces jongleurs, patriotes de places,

D'un faste de civisme entourant leurs grimaces;

Prêcheurs d'égalité, pétris d'ambition;

Ces faux adorateurs dont la dévotion

N'est qu'un dehors plâtré, n'est qu'une hypocrisie;

Ces bons et francs croyants dont l'âme apostasie;

Qui, pour faire haïr le plus beau don des cieux,

Nous font la liberté sanguinaire comme eux.

Mais non, la liberté, chez eux méconnaissable,

A fondé dans nos cœurs son trône impérissable. Que tous ces charlatans, populaires larrons, Et de patriotisme insolents fanfarons, Purgent de leur aspect cette terre affranchie!... Royalistes tyrans, tyrans républicains, Tombez devant les lois; voilà vos souverains! Brigands, l'ombre a passé; songez à disparaître!

Enfin, faisant allusion à la théorie du salut public, invoquée à chaque instant dans le procès qui s'agitait alors au sein de la Convention , un personnage se hasarde à dire :

Et quoi qu'enfin du peuple ordonne l'intérêt, S'il frappe l'innocence , il n'est plus qu'un forfait !

La plupart des journaux annoncent le succès de la première représentation ; le Moniteur, d'ordinaire si réservé, fait lui-même l'éloge des sentiments patriotiques dont la nouvelle pièce est remplie1. A chaque représentation, une foule de plus en plus nombreuse se porte vers le théâtre de I'Odéon, dont étaient en possession ceux des sociétaires de la Comédie -Française restés fidèles aux anciennes traditions. Tout Paris veut rire aux dépens des démagogues qui depuis cinq mois le font trembler, tout Paris veut s'associer à l'acte de courage de Laya. Les Jacobins sont furieux qu'on ose traduire leurs dieux sur la scène. Ils avaient trouvé très-légitime et très-naturel que l'on représentât chaque soir des

4. Voir le Mercure des 8 et 44 janvier, le Patriote français des 42 et 44 janvier, les Annales patriotiques et littéraires du 42 janvier, le Moniteur du 4 janvier, les Révolutions de Paris, n° clxxiiv.

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