LIVRE XXIII
bres; Louis périra ou aucun républicain ne lui survivra ! » La section des Gravilliers invite ses sœurs à nommer des commissaires pour se réunir en Comité central à l'Évêché et aviser en commun au moyen de maintenir efficacement la tranquillité publique et notamment de veiller à la sûreté de la Convention nationale.
Cette protection n'est pas du goût de Gensonné, celui de tous les Girondins qui avait le plus l'esprit d'organisation. Lui et ses amis reprennent donc le projet qu'ils ont plus d'une fois mis en avant, celui d'enlever à la Commune de Paris son plus puissant moyen d'action en lui retirant l'administration de la police et en l'attribuant exclusivement au Comité de sûreté générale. Mais, pour cela, il faut commencer par épurer le Comité qui se trouvait composé, depuis le début de la session conventionnelle, presque mi-partie de Montagnards et mi-partie de modérés. Ces derniers avaient la majorité lorsqu'ils y étaient exacts, mais ils l'étaient peu ; en revanche, leurs adversaires, très-disciplinés et trèsardents, l'étaient beaucoup.
La Gironde et la Montagne étaient d'accord pour signaler la fâcheuse composition de ce Comité1. Il était, en effet, impossible de faire une police tant soit peu effi-
1. Marat avait déclaré (Journal de la République, n° du 28 novembre), qu'il ne reconnaissait dans le Comité de sûreté générale que onze bons patriotes, à savoir : Héraut-Séchelles, Basire, Rovère, Ruamps, Ingrand, Chabot, Maribon-Montaut , Brival, Goupilleau, Lavicomterie et Musset; il refusait sa confiance à plusieurs montagnards et notamment au fameux Drouet. On peut juger par là de l'ardeur et du zèle que déployaient les onze membres qui avaient trouvé grâce devant Y Ami du peuple.
cace avec des éléments aussi hétérogènes. Pour remédier à un pareil état de choses, chacun des deux partis proposait une solution différente : la Gironde voulait augmenter le nombre des membres du Comité; la Montagne, le restreindre. Ce fut la Gironde qui l'emporta et qui, le 7 janvier, fit adopter le décret suivant :
« La Convention nationale décrète que le nombre « des membres du Comité de sûreté générale sera douce blé; qu'il ne pourra donner de mandats d'arrêt que « d'après une délibération prise à la majorité des deux « tiers des voix et inscrite sur le registre, et que ces dé- « libérations ne pourront être prises qu'autant que les « membres seront réunis au nombre de dix-huit. »
Dès le 9, le nouveau Comité de sûreté générale est élu. Il se trouve composé en presque totalité de membres de la droite et de la Plaine i. Lorsque le président donne lecture de la liste, la Montagne se répand en murmures : « C'est une conspiration ! s'écrie Marat. Reconnaissezvous enfin les intrigues de la faction? C'est Roland qui a fait la liste. Ce ne sera plus un Comité de sûreté générale, mais un Comité de contre-révolution 2. »
4 . A peine si dans la nouvelle liste figuraient deux montagnards bien avérés, Ingrand et Dartygoyte; les autres membres appartenaient tous aux opinions modérées; les plus connus étaient Grangeneuve, Fauchet, Kervelegan, Chambon, Duperret, Gomaire, Rebecqui, Gorsas, Biroteau, Delahaye, qui faisaient partie du groupe girondin proprement dit; Zangiacomi, Génissieux, Delaunay, Durand -Maillane y représentaient la Plaine, c'est-à-dire la portion de l'Assemblée qui ne voulait pas s'enrôler sous la bannière exclusive de l'un des deux partis, mais qui à cette époque votait généralement avec la Gironde et lui assurait la majorité.
t. Ce nouveau Comité ne subsista que du 9 au 21 janvier; les