‹ Histoire de la Terreur, d'après des documents authentiques et inédits (volume 5)Chapitre 213 sur 279 · LIVRE XXIV · texte numérisé non relu

LIVRE XXIV

mesure lâche, une mesure désastreuse, qui conduirait infailliblement la République dans un abîme de maux. Je dis non. »

Billaud-Varennes : a Gomme Brutus n'hésita pas à envoyer ses enfants au supplice, je dis non. »

Saint-Just : a Si je ne tenais du peuple le droit de juger le tyran, je le tiendrais de la nature. Je dis non. »

Plusieurs députés, en volant pour l'appel au peuple, font, comme Louvet et Manuel, des allusions très-directes au projet qu'ils supposent aux Montagnards , de mettre le duc d'Orléans à la place de Louis XVI. Barbaroux est très-explicite à cet égard : « Il est temps , dit-il, que le peuple des quatre-vingt-quatre départements exerce sa souveraineté , qu'il écrase, par la manifestation de sa volonté suprême, une faction au milieu de laquelle je vois Philippe d'Orléans, et que je dénonce à la République en me vouant avec tranquillité aux poignards des assassins. »

Gomme toujours, les Montagnards se montrent unis, les Girondins divisés. Plusieurs des amis les plus intimes de Vergniaud votent contre l'appel au peuple1. Leur exemple est suivi par un grand nombre de membres de la Plaine, même par ceux qui se sont déjà montrés et

l . Parmi les Girondins qui volèrent contre l'appel au peuple, nous citerons : Boyer-Fonfrède, Ducos, Lacaze, Carra, Antiboul, Lesterpfieauvais, qui, tous les six, firent partie de l'holocauste du 34 octobre; Condorcet, Masuyer, DescRezeaux, Doulcet de Pontécoulant, Dulaure, Isnard, qui, tous les six, furent mis hors la loi; les trois premiers périrent, les trois derniers survécurent à la tourmente révolutionnaire.

doivent se montrer encore le plus favorables à l'accusé1. Ils ne voient pas qu'en rejetant l'appel, ils enlèvent peutêtre à Louis XVI sa dernière chance de salut,

A dix heures du soir, au moment de lever la séance, Vergniaud proclame en ces termes le résultat du vote sur la deuxième question :

« Sur 717 membres présents, 10 ont refusé de voter, 42/j. ont voté contre l'appel au peuple, 283 ont voté pour.

« En conséquence je déclare, au nom de la Convention, que le recours au peuple est rejeté. »

La fin de la séance du 15 avait été marquée par un violent désordre. Un membre de l'ancien comité de surveillance de la Commune insurrectionnelle, le fameux Jourdeuil, avait grossièrement apostrophé le vénérable Dussaulx, député de Paris, qui venait de voter pour l'appel au peuple. Après un débat assez vif, l'Assemblée s'était contentée d'envoyer l'insulteur s'expliquer devant la Commission des inspecteurs de la salle 2.

1. Notamment Daunou, Chasset (du Rhône), Charles Villetle, Mercier, Harmand (de la Meuse), Delaunay jeune.

2. Le Moniteur ne mentionne pas même cet incident, qui est consigné au procès-verbal imprimé de la Convention, page 224, et au Journal des Débats et Décrets, n° 424, p. 242. C'est à cette occasion que le girondin Rouyer s'écria : « Nos départements nous ont-ils envoyés ici pour faire des lois ou pour être le jouet de

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