LIVRE XXIV
ne comprends rien à la comédie qui se joue ici. Il ne faut pas être dupe de terreurs simulées. Parmi tous ces gens qui vous disent qu'ils votent sous les poignards, y en a-t-il un qui ait reçu quelque égratignure1? »
« Toutes ces peurs fantastiques, ajoute Legendre, ne sont qu'une manœuvre pour retarder le jugement du roi... Ah! s'il fallait faire le procès du peuple, au lieu de faire celui des rois, ce ne serait pas si long ! »
.« Il n'y a , répond Rouyer, qu'un moyen de confondre les agitateurs : c'est d'opposer les braves gens aux lâches et aux assassins. Je demande que les fédérés des départements commencent dès aujourd'hui à partager avec les corps armés de Paris la garde de la Convention. »
Plusieurs Montagnards qui, comme Lebas, semblent jaloux de donner à la Plaine un gage de sécurité, déclarent appuyer la proposition de Rouyer. C'est un Girondin qui vient la combattre : « Citoyens, dit Boyer-Fonfrède, j'ai désiré que les fédérés vinssent ici ; je désire que vous leur permettiez de faire le service autour de cette enceinte, avec les citoyens de Paris ; mais je viens m'opposer à ce que leur service commence aujourd'hui... Ne calomniez pas vous-mêmes le jugement que
A . Marat et ses amis employèrent la môme tactique et, chose remarquable, les mêmes expressions lorsqu'ils voulurent, au 34 mai, persuader de nouveau à l'Assemblée qu'elle était libre. Trois jours après, tous les chefs du parti de la Gironde étaient proscrits; cinq mois après, ils portaient leurs têtes sur l'échafaud. La Convention fut aussi libre le 46 janvier que le 31 mai, elle vota ces deux jours sous les poignards. 11 faut nier la lumière pour contester une pareille vérité.
vous allez porter ; reposez-vous de ce soin sur vos ennemis- »
L'opinion chevaleresque du jeune Girondin n'est pas partagée par la majorité, qui se prononce pour l'adoption immédiate du décret1. A peine le vote est-il proclamé que l'on voit apparaître à la tribune le ministre de la justice, Garât, dont le rôle consistait, depuis son entrée au Conseil, et consistera longtemps encore à rassurer les faibles et les timides sur les conséquences des mouvements populaires dénoncés par les Girondins.
Au nom du pouvoir exécutif, il rend compte de l'état de Paris. Son rapport est fort peu explicite et, sur certains points , en contradiction avec une lettre du maire que le président vient de recevoir. Le premier magistrat de la ville de Paris reconnaissait que les craintes sur la sûreté des prisons et la tranquillité de la capitale avaient quelque fondement ; il ne niait pas
\ . Le décret était ainsi conçu :
a La Convention décrète que les fédérés des départements qui « sont actuellement et qui viendront à Paris, feront, en nombre égal « avec les corps armés de Paris, le service auprès des établissements « nationaux.
« Le Conseil exécutif donnera les ordres nécessaires pour que le « présent décret soit mis dès demain à exécution. Elle renvoie le <c surplus du projet au Comité de défense générale et au Comité de la « guerre pour faire leur rapport dès demain. » (Procès-verbaux imprimés, p. 256.)
On ne trouve aucune trace de ces deux rapports dans les séances suivantes. Le Moniteur, n° 24 , se contente d'insérer à l'article Porte, ces quelques lignes : «Le 48, les volontaires des départements ont commencé à concourir avec les citoyens de Paris à la garde de la Convention et des établissements publics. »