‹ Histoire de la Terreur, d'après des documents authentiques et inédits (volume 5)Chapitre 226 sur 279 · LIVRE XXIV · texte numérisé non relu

LIVRE XXIV

mort, et n'adoptent ni l'amendement deMailhe, ni celui de Louvet.

« Je déclare, dit Barbaroux, que je vote librement, car jamais les assassins n'ont eu d'influence sur mes opinions. Louis est convaincu d'avoir conspiré contre la liberté. Les lois de toute société prononcent contre les conspirateurs la peine de mort. Je vote donc pour la mort de Louis ; dans quelques heures, je voterai pour l'expulsion de toute la race des Bourbons. »

« Plus j'ai réfléchi, dit Pétion, sur toutes les opinions énoncées dans cette affaire, plus je nie suis convaincu qu'il n'y en a aucune qui ne soit sujette aux inconvénients les plus graves. Voilà pourquoi j'ai tant insisté sur la nécessité de la ratification de votre jugement par le peuple. L'Assemblée en a décidé autrement; j'obéis. Je vote pour la peine de mort. »

L'exemple de Pétion et de Barbaroux, se prononçant pour la mort sans restriction, est imité par Carra , Boileau, Chambon et Lasource. Ce dernier motive ainsi son opinion : « Dans ma manière de voir, il n'y a pas de milieu; il faut que Louis règne ou qu'il aille à l'écbafaud. Mais j'ai une observation à faire. La mesure que vous prenez suppose que vous êtes à une grande hauteur; si la Convention s'y maintient, elle écrasera les factieux et établira la liberté. Mais , si les partis, si les haines continuent, si la Convention n'a pas le courage de les étouffer, alors on dira qu'elle n'était composée que des plus vils et des plus lâches des hommes; elle ne passera à la postérité qu'avec l'exécra tion universelle. Après cette réflexion je prononce la mort. »

Malgré tant d'exemples funestes, le plus grand nombre des Girondins se refuse à voter la morl1. Lanjuinais, Defermon, Gardien, Gorsas, Henri Larivière, Sillery, Doulcet de Pontécoulant. Kervelegao. Lacaze, Bergoeing, Gommaire, Duperret, Mazuyer se prononcent pour la détention jusqu'à la paix et le bannissement ensuite.

Grangeneuve, Salles, Mollevaut, Lehardy, Rabaut Saint-Étienne, Yzarn-Valady, Fauchet, Kersaint, émettent des votes analogues en les motivant ainsi :

Grangeneuve. — « Quelque indéfinis que soient mes pouvoirs, je n'y trouve point, je ne puis pas même y supposer le pouvoir extraordinaire d'accuser, de juger, de condamner souverainement à mort l'individu détrôné depuis cinq mois. Je ne puis d'ailleurs me dissimuler :

4. Il est difficile de déterminer d'une manière complètement exacte où commençait et où finissait le parti de la Gironde. Nous avons pris pour base de notre calcul le fameux décret du 3 octobre 4793, qui déclara traîtres à la patrie 20, décréta d'accusation 40 et ordonna d'arrêter 66 députés, comme ayant appartenu au parti girondin. Ces députés formeraient un total de 426, s'il n'en fallait défalquer l'ex-duc d'Orléans, dont les Montagnards, ses défenseurs en décembre et janvier 4 793, surent, en octobre suivant, englober la cause dans celle de ses anciens ennemis. Il reste donc 425 Girondins, dont :

84 votèrent pour la détention, 4 pour la peine la plus grave après la mort, 9 pour la mort, mais avec des restrictions qui empêchèrent de

compter leurs voix pour la sentence fatale, 6 pour la mort avec l'amendement de Mailhe, 22 pour la mort sans restriction, 6 ne faisaient pas encore partie de la Convention.

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