LIVRE XXIV
« Je demande en second lieu que la sœur de Louis soit libre ou de le suivre ou de se retirer où bon lui semblera; qu'elle soit partout sous la sauvegarde des lois et dotée par l'État d'une pension convenable.
« Je demande, enfin, le bannissement immédiat et perpétuel de ceux des membres de la famille des Bourbons qui, recherchant des emplois sous le nouveau régime, ont dû exciter la défiance des patriotes vigilants et désintéressés par les signes d'une ambition sourde et dangereuse. Vous sentirez assez combien mes alarmes sont fondées quand je vous dirai que , par un reste de privilège , le fils aîné de Philippe d'Orléans a été fait lieutenant général à vingt ans. Citoyens, je ne viens point ici calomnier, je lui reconnais des services et je lui crois des vertus ; je les honore, mais je les crains. Dans peu, on le mettra à la tête de vos armées. Jugez s'il est temps de le bannir. »
Fauchet. — « La Convention n'a pas le droit de cumuler et de confondre les pouvoirs. C'est le droit des tyrans. Je puis le subir ; je ne l'exercerai jamais. Je brave les tyrans ; je ne les imite pas. Je ne suis pas juge : je vole, comme législateur, une mesure de sûreté générale. Je vole pour la réclusion.
Kersaint. — a Je vais motiver mon dernier avis. Je ne me crois pas appelé à prononcer une sentence. Si je pouvais partager l'opinion de ceux qui se croient revêtus de pouvoirs sans bornes, ce serait pour céder à la clémence et non à la haine ; car je pourrais espérer alors être le véritable interprète des sentiments d'un peuple généreux. L'idée d'une nation qui se venge d'un
homme ne peut entrer dans mon esprit. L'image de l'inégalité de ce combat le révolte, et la majesté du peuple, nécessairement dégradée dans uu tel différend, ne reprend sa grandeur dans ma pensée qu'au moment où il fait grâce. Nulle puissance humaine n'est capable de me faire juger Louis XVI, ci-devant roi des Français, sans appel et souverainement ; je ne suis pas le souverain. Je vote pour la réclusion jusqu'à la paix1. »
Quelques députés de la Plaine accompagnent également leur vote de clémence de paroles généreuses. — Casenave (des Basses-Pyrénées) demande que l'on exige pour ce scrutin la majorité des deux tiers, afin de suppléer aux récusations qui n'ont pu être exercées par l'accusé, et que l'on défalque du recensement les suffrages de ceux qui n'ont point pris part à l'instruction. — Bresson (des Vosges) motive ainsi son vote1 : « Je ne suis pas juge, une autorité supérieure à la vôtre , ma conscience , me défend d'en remplir les fonctions... Nous ne sommes pas juges; car les juges ont un bandeau glacé sur le front, et la haine de Louis nous brûle et nous dévore... Homme
4. L'opinion de Kersaint est donnée d'une manière plus détaillée et plus complète dans le Journal des Débals et Décrets (n° \ 14, p. 270), que dans le Moniteur.
2. Bresson, persécuté plus tard pour ses opinions modérées, fut obligé de se cacher pendant la tourmente révolutionnaire. Recueilli par des amis fidèles, il se promit de sauver à son tour un proscrit. Vingt ans après, il put tenir sa parole. Ce fut lui qui, étant chef de division de la comptabilité des affaires étrangères, cacha pendant près de deux mois, dans les combles mémos du ministère. M. de la Valletle, condamné a mort par la réaction de 1815.