‹ Histoire de la Terreur, d'après des documents authentiques et inédits (volume 5)Chapitre 231 sur 279 · LIVRE XXIV · texte numérisé non relu

LIVRE XXIV

point avec les tyrans, qui ignorent qu'on ne frappe les rois qu'à la tête, qui ignorent qu'on ne doit rien attendre de ceux de l'Europe que par la force des armes ; je vote la mort du tyran. »

Marat, Collot-d'Herbois, Billaud-Varennes, votent pour la mort dans les vingt-quatre heures.

Manuel fait, au contraire, entendre quelques accents de pitié, qui contrastent avec les votes farouches de ses collègues et doivent, aux yeux de l'histoire, lui valoir le rachat de bien des fautes. « Des lois de sang, dit-il, ne sont pas plus dans nos mœurs que dans les principes d'une république. Les Français étaient humains quand ils étaient esclaves; nous ne devons pas l'être moins parce que nous sommes libres. Je vote pour la détention jusqu'à la paix 1. »

4. Dans l'opinion qu'il avait fait imprimer au mois de novembre, lorsque la Convention avait fermé la discussion sur le rapport de Mailhe (voir le Procès de Louis XVI, tome Ier, page 474), Manuel avait manifesté des sentiments bien moins élevés. « Nous devons, y disait-il, rendre aux peuples, par une leçon terrible, les droits qu'ils n'auraient jamais dû perdre. Il n'est pas trop à plaindre celui qui mourra pour le bonheur du monde, il le serait bien davantage si vous le condamniez à vivre pour inspirer le dégoût de la royauté partout où il traînerait sa crapuleuse majesté sous les baillons de la monarchie. Législateurs, hâtez-vous de prononcer une sentence qui consommera la Révolution. L'agonie des rois ne doit pas être lente. Entendez-vous tous les peuples qui la sonnent! Un roi qui meurt n'est pas un homme de moins. »

Le spectacle de l'infortune royale avait fini par attendrir ce cœur plus vaniteux que mauvais. Manuel, du mois de novembre au mois de janvier, avait changé complètement de langage et d'attitude. Mais les démagogues ne souffrent pas qu'on les quitte au milieu du chemin; plusieurs, dans le vote qu'ils émirent après Manuel.

Camille Desmoulins, que le besoin incessant de polémique entraînait sans cesse à injurier ses adversaires, termine ainsi son opinion : a Je vote pour la mort, trop tard peut-être pour l'honneur de la Convention. » Quelques voix demandent le rappel à l'ordre; mais la droite dédaigne de relever cette insolence.

Les démagogues en sous-ordre, que les électeurs avaient donnés pour acolytes à Marat, Robespierre el Danton, suivent docilement l'exemple de leurs chefs.

Des vingt-quatre députés de Paris, vingt avaient opiné pour la mort; trois seulement, Manuel, Dussaulx et Thomas, pour la détention; il ne restait plus qu'un vote à connaître, celui de Philippe-Egalité. À l'appel de son nom, le ci-devant duc d'Orléans se lève, se dirige lentement vers la tribune et, d'une voix sourde, il lit un papier qu'il presse convulsivement entre ses doigts.

« Uniquement occupé de mon devoir, dit-il, convaincu que tous ceux qui ont attenté ou attenteront par la suite à la souveraineté du peuple méritent la mort, je vote pour la mort. »

Un mouvement de stupeur se produit sur presque tous les bancs de l'Assemblée. II est évident que l'immense majorité ne demandait pas au cousin de Louis XVI un gage aussi certain de républicanisme, une renonciation aussi éclatante à tous les liens de parenté. Mais le malheureux prince ne s'appartenait plus depuis long-

firent une allusion sanglante à l'horrible maxime que celui-ci avait laissé échapper de sa plume. Un an plus tard, l 'ex-procureur-syndic de la Commune paya do sa tôle ses velléités de pitié.

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