LIVRE XXlV
Louis, 1° jusqu'au moment où la Convention* aura statué sur le sort de la famille des Bourbons; 2° jusqu'après la ratification de la Constitution par le peuple ; 3° jusqu'à ce qu'il ait été pris certaines mesures de sûreté générale 1.
Il était naturel que, dans un pareil procès, la question générale de l'abolition de la peine de mort préoccupât un certain nombre d'opinants. Mais les uns, en se déclarant partisans du principe de l'abolition, le font fléchir devant le désir de punir « un tyran tel que le dernier roi des Français2. » Les autres, plus logiques avec eux-mêmes, déclarent que la peine de mort leur paraît tellement contraire au droit naturel, que Louis XVI ne doit pas plus la subir que n'importe quel autre accusé5.
Commencé le 16, à huit heures du soir, l'appel no-
\ . Ces députés furent au nombre de quarante-six ; les plus connus étaient: Brissot (Eure-et-Loir), Cambacérès (Hérault), Dubois- Dubais (Calvados), Louvet (Loiret), Treilhard (Seine-et-Oise), Valazé (Orne). Leur vote ne fut pas compté pour la condamnation à raison des restrictions qu'ils y avaient attachées, et qu'ils avaient déclarées indivisibles de leur opinion.
2. Lamarque (Dordogne), Paganel (de Lot-et-Garonne), Penières (de la Corrèze), Isabeau (d'Indre-et-Loire), Lombard-Lachaux (du Loiret), Dornier (de la Haute-Saône), Romme (du Puy-de-Dôme).
3. Villars (Mayenne), Jourdan (Nièvre), Bancal (Puy-de-Dôme), Jard-Panvilliers (Deux-Sèvres), Faye (Haute-Vienne), Garan-Coulon et Lepage (du Loiret), Condorcet et Dupin (de l'Aisne).
minai se termine le jeudi 17, k la même heure de la soirée. 11 avait duré sans discontinuer toute une nuit et tout un'jour.
Pendant que le bureau s'occupe du recensement des voix, Vergniaud reprend le fauteuil, qui, dans cette interminable séance, avait été occupé successivement par plusieurs anciens présidents. Il informe l' Assemblée qu'il trouve sur le bureau deux lettres, l'une des défenseurs de Louis, l'autre du ministre des affaires étrangères, annonçant une communication de l'ambassadeur d'Espagne1.
Un grand nombre de députés demandent que la Convention passe à l'ordre du jour sur cette dépêche. Garran-Coulon veut motiver cette proposition; mais Danton lui coupe violemment la parole — « Tu n'es pas encore roi, crie Louvet; président, frappez Tinterrupteur du rappel à l'ordre.
— Et moi, répond Danton, je demande le rappel à l'ordre et la censure contre l'insolent qui dit que je ne suis pas encore roi. — Non, tu n'es pas encore roi, reprend Louvet, et ta dictature du 2 septembre ne m'effraye point2. »
La solennité du moment n'empêchait pas, on le voit, les orateurs de se livrer aux plus violentes pei^ sonnalités. Lorsque le tumulte est apaisé et que Garran-Coulon a achevé ses observations, l'ex-ministre de
4 . Déjà l'ambassadeur d'Espagne avait fait une première démarche en faveur de Louis XVI. (Voir plus haut, page 302.) i. Journal des Débats et Décrets,, n° 4 23, page 236.