‹ Histoire de la Terreur, d'après des documents authentiques et inédits (volume 5)Chapitre 241 sur 279 · LIVRE XXIV · texte numérisé non relu

LIVRE XXIV

lui-même qui a devancé par son vœu l'arrêt que vous avez prononcé, c'est lui qui vous a imposé le devoir de juger. Douter de vos droits, c'est les anéantir,

— Point de sursis! » crie la Montagne en se levant tout entière.

« Le peuple depuis longtemps a jugé le tyran, dit Maure. — Eh quoi ! lui réplique Chambon , on invoque l'humanité pour demander d'envoyer un homme à l'échafaud! L'humanité, si les circonstances le permettaient, consisterait peut-être à faire grâce... »

À ces mots, les murmures de la droite redoublent et empêchent l'orateur de continuer. Lanjuinais s'élance à la tribune. Marat y arrive en même temps que lui. Une lutte pour ainsi dire corps à corps s'établit entre le courageux Breton et le Thersite de la Révolution. Ne pouvant dominer le tumulte, le président Treilhard se couvre. Dès que le silence est rétabli , il met aux voix l'ajournement de la discussion au lendemain et le déclare décrété.

La Montagne demande que Ton décide qu'à la reprise de la séance on statuera sans désemparer sur toutes les questions qui restent à résoudre. Mais déjà la plus grande partie des bancs sont dégarnis; Treilhard luimême a quitté le fauteuil. Les Montagnards se précipitent tumultueusement dans l'hémicycle. « La séance n'est pas levée, crient-ils en chœur, le règlement est outragement violé; mandons le président à la barre; continuons à siéger! »

Pour que la discussion ait au moins quelque apparence de régularité, on cherche partout un ancien prési-

dent qui puisse légalement occuper le fauteuil. Enfin Lacroix, se présente, son apparition est signalée par les applaudissements des tricoteuses des tribunes, par les cris de triomphe des énergumènes de l'Assemblée; mais l'ami de Danton recule devant la violation évidente du règlement. « Si je suis monté au bureau, dit-il, c'est pour me faire entendre et non pour présider. La séance est levée, vous n'êtes plus que des citoyens réunis; vous n'êtes plus la Convention. Vous n'avez pas le droit de discuter, puisque la majorité a voté l'ajournement.

— C'est nous qui sommes la majorité, lui répond-on. » Mais le député d'Eure-et-Loir persiste dans son refus. Aucun autre ancien président n'est présent ou n'est disposé à prendre la responsabilité d'une séance déclarée illégale par Lacroix lui-même. Les Montagnards sont fort embarrassés; cependant les plus violents ne perdent pas courage et veulent délibérer malgré tout. Quelques enfants perdus du jacobinisme trahissent même la secrète pensée du parti.

Chabot : « La patrie est en danger ! » — Poultier : « C'est le moment d'anéantir tous les royalistes.

— Tous les brissotins, répond une voix. — Qu'un secrétaire fasse l'appel nominal, dit un autre Montagnard.

— Nous connaîtrons ainsi les vrais patriotes, ils sont tous ici; ce sont les royalistes qui sont partis. » Quelqu'un fait observer qu'aucun des secrétaires n'est présent. « Eh bien ! crie un autre affidé des Jacobins, renouvelons le bureau; voilà une excellente occasion. »

Couthon conservait son calme au milieu des plus

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