LIVRE XXIV
La séance du 19 s'ouvre à onze heures du matin, sous la présidence de Barère, qui annonce que Vergniaud, malade et épuisé de fatigue, l'a chargé de le remplacer, On lit une lettre de Manuel qui donne sa démission de représentant du peuple.
» Un délit, y était-il dit, a été hier commis en ma personne contre la nation. Ne pas le dénoncer à la nation, ce serait la trahir.
« Secrétaire de la Convention, après une séance de quarante heures où s'est décidé à cinq voix le sort de plus d'un empire peut-être, je sortais, avec le besoin extrême d'un air plus pur, lorsqu'une bande de juges tombe sur moi, sur le député d'un peuple libre. Mon premier mouvement fut de les punir à l'instant, mais j'étais dans la Convention; c'était à la Convention entière à se venger.
« Représentants, qu'avez-vous fait? Avec la toutepuissance, vous n'avez pas eu celle d'envoyer aux quatre-vingt-quatre départements la liste de quelques désorganisa teurs, qui, par le seul talent de faire du bruit, vous ôtent la force de faire du bien.
« La première fois que vous vous êtes laissé avilir, législateurs, vous avez exposé la France, et tels que vous êtes (la vérité m'échappe), oui, tels que vous êtes, vous ne pouvez pas la sauver. L'homme de bien n'a plus qu'à s'envelopper dans son manteau. »
La discussion s'ouvre sur la question du sursis. L'un des secrétaires lit la liste des orateurs inscrits. Plusieurs Montagnards demandent la question préalable , c'est-àdire que Ton vote purement et simplement par oui ou par non, sur cette dernière chance de salut offerte au malheureux Louis XVI.
« La question est assez éclaircie, s'écrie Amar; la patrie souffre, passons à l'appel nominal. — Cette proposition de sursis, ajoute Marat, est un combat de la minorité contre la majorité. Le tyran est condamné à mort; il doit la subir. Il n'y a que des royalistes, des suppôts de la tyrannie... »
A ces mots, la droite éclate en murmures, le président rappelle à l'ordre Y ami du peuple. « Avec censure! » crient plusieurs voix. — Je brave votre censure! réplique Marat. — Vous manquez à l'Assemblée. — Si je brave la censure , c'est pour le bien public. »
Le président rappelle Marat à l'ordre une seconde fois. « Eh bien, je me résume, s'écrie l'inventeur des journées de septembre : je demande que le tyran soit envoyé au supplice dans les vingt-quatre heures. »
Pons (de Verdun) réclame aussi la question préalable sur le sursis, mais par des raisonnements moins provoquants que ceux de Marat. « Vous avez, dit- il, déjà décidé trois fois la question, lorsque vous avez décrété que Louis était coupable de conjuration , lorsque vous avez rejeté la sanction du peuple, entin lorsque vous avez condamné l'ex-roi à mort. »
Gensonné, lui aussi, pense que la réserve de Mailhe, adoptée par ses amis, ne doit, ne peut pas être l'objet