‹ Histoire de la Terreur, d'après des documents authentiques et inédits (volume 5)Chapitre 245 sur 279 · LIVRE XXIV · texte numérisé non relu

LIVRE XXIV

ments cessent entre nous. Je conclus à ce qu'il y ait un intervalle entre le jugement et l'exécution, et que, dans cet intervalle, on exile tous les prétendants au trône.

— Eh quoi ! réplique Thuriot, vous voulez différer la mort du tyran et chasser les Bourbons qui n'ont rien fait contre la liberté? Vous prétendez que l'on veut faire un roi? Si ce projetétait possible, pourquoi ne l'aurait-on pas exécuté le 14 juillet, le 5 octobre, le 10 août? La question qui vous est posée en ce moment est simple ; le peuple vous a intimé sa volonté; il vous a dit : Jugez le tyran. Vous n'avez fait qu'appliquer la loi ; qu'espérez-vous d'un délai de huit ou de quinze jours ? Le crime en sera-t-il moins reconnu? Oubliez-vous que l'Assemblée entière a déclaré coupable le monstre qui, pendant cinq ans, a conspiré contre la liberté? Paris n'a pas fait trois révolutions pour en laisser échapper le fruil. Les Parisiens feront exécuter votre jugement ; je demande que ce soit dans les vingt-quatre heures. »

Un courageux membre de la droite, Casenave, ose, en ce moment suprême, adjurer la Convention de ne pas prendre une décision irrévocable. « Vous pouvez, dit-iJ, éteindre les dissensions civiles, arrêter les désastres d'une guerre étrangère , vous honorer aux yeux de tous les peuples. Je ne rappellerai pas toutes les circonstances qui ont entouré le jugement de Louis; mais l'exécution soudaine de l'arrêt terrible que vous avez prononcé sera le signal de calamités nouvelles. Vous en assumez sur vous la responsabilité; mais cette responsabilité rendrat-elle la vie aux cent mille soldats qui périront peut-être

dans les collisions dont vous allez donner le signal ? Je demande que, par mesure de sûreté générale, vous décrétiez que l'exécution du jugement rendu contre Louis XVI soit suspendue jusqu'après l'acceptation de la Constitution par le peuple dans ses assemblées primaires. »

Barbaroux s'était montré impitoyable pour Louis XVI depuis le commencement du procès; à la dernière heure, il est encore le même. Malheureux jeune homme! il aura bientôt, lui aussi, besoin de cette commisération qu'il travaille en ce moment à étouffer dans le cœur des autres. Elle lui fera défaut. Sans pain , sans asile, il sera réduit à se réfugier dans les bras de la mort, et trouvera à peine un ami pour lui rendre le service que Brutus demandait à son esclave.

« Il faut, dit-il, faire exécuter Louis Capet, puisque le jugement est prononcé. Ne croyez pas que le sursis soit un moyen pratique d'obtenir la paix. Ils ne connaissent pas la perfide politique des cours, ceux qui croient qu'elles s'intéressent à l'existence d'un individu roi... Ils se trompent grandement, ceux qui pensent que les despotes sont susceptibles de quelque attachement entr'eux. Les prétextes ne manquent jamais aux rois lorsqu'ils veulent faire une querelle injuste. Ne nous occupons donc pas d'eux. Maintenant, à l'intérieur, que voyons nous? Une faction prête à calomnier tous vos actes, prête à ameuter contre nous cette foule d'hommes crédules auxquels elle répète sans cesse que nous sommes des royalistes. D'autres vous diront peut-être qu'il faut savoir braver la calomnie; mais, quand nouspou-

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