‹ Histoire de la Terreur, d'après des documents authentiques et inédits (volume 5)Chapitre 40 sur 279 · LIVRE XIX · texte numérisé non relu

LIVRE XIX

Ainsi , moins de six mois après la publication du manifeste insensé du duc de Brunswick, nos armées victorieuses occupaient la Belgique et Aix-la-Chapelle, le Palatinat et Mayence, la Savoie et le comté de Nice. La Frontière du Rhin et celle des Pyrénées étaient garanties par les armées de Biron et de Servan1. Les puissances signataires de la coalition de Pilnitz apprenaient, à leurs dépens, qu'il est une loi aussi certaine dans le monde moral que dans le monde physique ; c'est que la force d'expansion est toujours proportionnelle à la force de résistance, au moyen de laquelle on a cherché à la comprimer.

Spectacle sublime et dont le souvenir doit enorgueillir nos derniers descendants. Au moment même où tout sentiment moral paraît éteint chez les individus, lorsque le désordre, la désorganisation, l'affaissement semblent arrivés au dernier degré, la nation française, prise en masse, reste à la hauteur des dangers accumulés autour d'elle ; elle a confiance dans sa force et dans sa vitalité; elle fait un appel suprême à ses enfants : la patrie est en danger! Ces mots magiques font vibrer tous les cœurs, exaltent tous les courages, enfantent tous les dévouements. En moins de six semaines, le sol national est complètement lavé de la souillure de l'invasion; Longwy, Verdun, qui étaient tombés dans les mains de l'ennemi, sont repris avec plus de faci-

commissaires sur la frontière des Pyrénées orientales, lue le 46 novembre à la Convention; Moniteur, n° 323.

\ . Servan venait d'être nommé au commandement en chef de l'armée des Pyrénées.

lité encore qu'ils n'avaient été occupés ; Lille et Thionville voient fuir les armées qui les assiégeaient. Les paniques de Baisieux, de Quiévrain, de Courtray, du camp de Grandpré sont oubliées; les vieux guerriers de Fréderic-le- Grand et de Marie-Thérèse n'inspirent plus que du dédain à nos jeunes soldats, depuis qu'aux cris de vive la nation et au chant de la Marseillaise, ils ont enlevé des batteries, résisté en carré à la cavalerie, et attendu les colonnes ennemies, la baïonnette au bout du fusil. La France est sauvée.

Page 1