LIVRE xx. m
leurs noms au bas de tous les arrêtés, de toutes les proclamations de la Commune. Dans les réceptions solennelles , dans les fêtes publiques, c'était eux que Ton voyait à la tête de toutes les députations; c'était eux qu'on entendait chaque jour et en tout lieu prendre la parole au nom des 48 sections, au nom de la Commune, au nom du peuple. Inconnu avant le iO août, Cbaumette avait conquis l'admiration des tribunes de l'Hôtel de Ville par sa faconde emphatique, par les comparaisons ampoulées et les rapprochements bizarres dont ses discours étaient parsemés. Célèbre dans les faubourgs depuis plusieurs années, grâce à sa feuille immonde, le Père Duchéne, Hébert n'avait pas eu de peine à devenir l'oracle de la populace» dont nul mieux que lui ne savait écrire et parler la langue. Lebois n'était qu'un comparse qui ne parut qu'un inslant sur la scène politique4.
Toutes les élections étant faites, on procéda à l'installation des diverses autorités qu'elles avaient produites.
4. La nomination de Chaumette, Hébert et Lebois par le Conseil n'était que provisoire. Quelques jours plus tard, conformément à la loi de 4790, les 48 sections furent invitées à élire le procureur-syndic et ses deux substituts. Elles ne mirent pas, semble-t-ii, beaucoup de zèle à confirmer les cboix de la Commune. Au premier tour de scrutin, le 6 décembre, Chaumette n'obtint que 4 ,586 voix sur 7,062 ; au scrutin de ballottage, le 46, il en réunit, il est vrai, 5,089, mais son concurrent, Real, qui en avait encore gardé 2,243, fut nommé, le 22, premier substitut. Hébert dut se contenter de la troisième place dans le ministère public établi près de la municipalité parisienne. C'était, du reste, la place qu'avait occupée Danton. Comme lui, Hébert sut en faire la première. 11 devint, en 4793, ce que son prédécesseur avait été en 4792 : la véritable incarnation de la démagogie parisienne, v 9
Ce fut dans cette occasion solennelle et en prenant possession du siège destiné au procureur syndic, que Chaumette fit au président qui lui demandait ses nom et prénoms, cette réponse célèbre : « Sous l'ancien régime, je m'appelais Pierre-Gaspard Ghaumette, parce que mon parrain croyait aux saints; mais, depuis la Révolution, j'ai pris le nom d'un saint qui a été pendu pour ses principes de républicanisme; c'est pourquoi je m'appelle maintenant Anaxagoras Chaumette1. »
La Commune du 10 août avait, en disparaissant, lancé le trait du Parthe contre son ennemi le plus haut placé, le ministre de l'intérieur. Sa dénonciation n'avait été, du reste, que le résumé des diatribes tous les jours débitées aux Jacobins contre Roland, « le vertueux ,
4 . La citation do Ghaumette manquait complètement d'exactitude. Anaxagoras, de Glazomène, avait été poursuivi non pour ses principes républicains, ce qui aurait été assez bizarre à Athènes, mais bien sons l'accusation d'impiété légale; grâce à la protection de Périclès, son ancien disciple, il ne fut pas mis à mort , mais seulement exilé. Le nouveau procureur-syndic, pas plus que ses auditeurs, n'y regardaient de si près.
La réponse de Ghaumette ne se trouve pas consignée au procèsverbal officiel du Conseil général, le secrétaire l'aura peut-être omise à cause de son emphase ridicule ; mais le nouveau procureur-syndic, qui désirait qu'elle ne fût pas perdue pour la postérité, la communiqua probablement lui-même au Moniteur. Elle se trouve au n° 35$ de ce journal.