‹ Histoire de la Terreur, d'après des documents authentiques et inédits (volume 5)Chapitre 68 sur 279 · LIVRE XX · texte numérisé non relu

LIVRE XX

tion envoyée aux seuls Montagnards pour recevoir les aveux de Viard. Il court à la Convention dénoncer le conciliabule clandestin. Là-dessus, grands cris et violentes récriminations de la part des membres inculpés. Ils veulent d'abord tourner la chose en plaisanterie : « Il s'agissait, s'écrie Ruamps, de manger un dindon ! » Mais Grangeneuve déclare que la lettre de convocation portait : « Pour entendre la dénonciation d'une affaire importante. » Un autre membre du comité, Yardon, affirme que Basire et ses amis sont coutumiers du fait et qu'il a vu, tout préparé sur le bureau de ce dernier, le rapport de plusieurs affaires qui n'avaient été délibérées que « par la minorité dont le signalement vient d'être donné par Grangeneuve. » **-

On demande à droite le renouvellement du comité, à gauche l'ordre du jour. Mais l'Assemblée veut évidemment connaître le secret de toute l'intrigue. Chabot, poussé dans ses derniers retranchements, est obligé de confesser le fait; il cherche à l'excuser au nom de l'intérêt public. « La confiance, dit-il, ne se commande pas. Un citoyen désire nous communiquer en particulier un grand complot dont plusieurs des membres du comité de surveillance sont les principaux auteurs. — Nommez-les, s'écrie-t-on de toutes parts. — Oui, je les nommerai, car j'ai en main le procès-verbal qui constate le complot. » Ses amis veulent le faire taire, parce que, disent-ils, ses révélations intempestives vont compromettre l'arrestation de grands coupables; mais l'ex-capucin était doué d'une intempérance de langue qu'il était difficile de refréner.

« Quoi ! citoyens, reprend-il, lorsqu'un grand corn-* plot s'ourdit, lorsque des membres du comité de surveillance trempent dans ce complot, me ferez-vous un crime de ne pas admettre à la révélation qui m'est offerte les ennemis de la chose publique ? Me ferez-vous un crime de réunir mes amis, ceux que je sais encore purs et sans reproches, afin de conférer avec eux sur les moyens de saisir les fils d'une conspiration funeste ? »

On réclame la production immédiate du procès-verbal auquel Chabot vient de faire allusion. L'orateur est obligé de le tirer de sa poche et de le passer à Defermon, l'un des secrétaires, qui en donne lecture. La pièce annoncée avec tant de fracas contenait de telles absurdités, de telles contradictions, qu'elle provoque les éclats de rire de la majorité de l'Assemblée. On demande que Viard soit mis sur-le-champ en arrestation et traduit à la barre. « Comment, s'écrie Marat, cet homme vient vous faire une dénonciation officielle, une révélation civique,, et vous allez le faire arrêter comme un scélérat ? » Sans daigner prêter la moindre attention à ce que dit Yami du peuple, la majorité exige la lecture des autres pièces qui, au dire des dénonciateurs, doivent corroborer la dénonciation.

« Chabot, reprend Defermon directement interpellé, Chabot m'a bien remis une lettre pour la lire, mais il ne veut plus maintenant qu'elle soit lue. — Non, non 1 elle ne sera pas lue, s'écrient à la fois Marat, Legendre et Tallien ; il y va du salut public. »

Un décret formel ordonne à Chabot de déposer sur le bureau la lettre que le secrétaire de l'Assemblée a

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