‹ Histoire de la Terreur, d'après des documents authentiques et inéditsChapitre 117 sur 267 · LIVRE VIL n · texte numérisé non relu

LIVRE VIL n

le Pontr-Neuf ; la faire charger par les gendarmes à cheval, postés au Louvre et sur le quai d'Orsay, et la faire prendre en queue par la réserve placée à l'Hôtel de Ville. Mais ce plan, grâce auquel la route aurait été coupée aux insurgés bien avant qu'ils n'arrivassent au Carrousel, reposait sur l'attaque énergique qu'aurait exécutée la gendarmerie à cheval , et sur la solidité de certains postes confiés à des officiers de la garde nationale. Or, la gendarmerie, presque entièrement composée, depuis sa réorganisation, de soldats qui avaient abandonné leurs drapeaux lors des premiers troubles de la révolution, n'était rien moins que sûre; elle venait, en vertu d'une loi récente, de procéder à l'élection de ses chefs et n'avait conservé à sa tête que ceux qui étaient le plus ouvertement engagés dans le mouvement révolutionnaire. Parmi les officiers de la garde nationale, beaucoup n'osaient agir, hésitaient et même , cédant à d'étranges capitulations de conscience, s'apprêtaient à pactiser avec l'insurrection*.

Le maire était nécessairement le pivot de la résistance légale au sein de la cité. C'était à lui que venaient aboutir

4. Pour donner uno idée du trouble et de Ja confusion de tou.^ les esprits, nous publions l'une des lettres les plus curieuses que nous ayons retrouvées. Au milieu du drame terrible qw^. nous racontons, elle amènera un rire involontaire sur les lèvres de ceux qui la liront. Déjà, à Toccasion du 20 juin, nous avons parlé dii commandant

ut HISTOIRE DE LÀ TERREUR.

toutes les recommandations de l'autorité supérieure ; c'était de lui que devaient émaner tous les ordres à donner à la garde nationale^ toutes les réquisitions destinées à mettre en mouvement la force armée.

Pétion avait été appelé, entre cinq et six heures du soir, à TÂssemblée nationale, et avait donné les nouvelles les plus rassurantes sur le maintien de la tranquillité publique. Au sortir de la salle du Manège, il aurait du profiter de l'occasion pour se rendre aux Tuileries et

Bonnaud, chirurgien de la rue de Montreuil. C'est bien le bourgeois qui a l'instinct du bon et de Thonnête, et qui se laisse entraîner à détruire de ses propres mains le gouvernement qu'il a juré de défendre. Nous retrouvons ce type dans les histoires de la Ligue et de la Fronde, nous Je reaconlroos tous les jours dans nos rues et sur nos places publiques; il est impérissable.

Afessifura les mairp et admnistrateur.^ de la Hlle de Paris.

« Messieurs, « Vous savez sans doute que la section des Quinze-Vingts a arrêté que si le roi n'était pas déchu à minuit, elle sonnerait le tocsin et battrait la générale. Sur son invitation, le peuple de la section de la rue de Montreuil et de tout le faubourg $e propose de l'imiter. Je ne puis éviter de marcher à leur tète sous aucun prétexte, ni par aucun ordre, pas même Téloignement qui exposerait ma famille et mes possessions. En conséquence, Messieurs, je vous prie de me donner acte de ma déclaration afin que tout ce qui pourrait arriver d'illégal dans celie démarche ne me soit pas imputé, attendu que je proteste et jure derechef que je ne violerai jamais la Constitution, à moins que je n'y sois forcé.

« J'ai rhonneur d'être, etc.

« Bonnaud , commandant en chef du bataillon (( (le Sainte-Marguerite.

< Ce 9 août 1792. i

LITRE VII. na

s'entendre avec Mandat sur ]a défense du Cfaâtaiiu, mais il s'en garda bien* Rœderer, qu'il avait renxx)ntré à la barœ, le décida cependant k entrer rue du Dauphin, où siégeait le directoire du département. Là, le maire trouva Dumont, Beaumetz, Davous, d'Ormesson, Leveillard, Charton, qui étaient à la tête de cette admi-^ nistration depuis la retraite du duc de La Rochefoucauld et de ses huit collègues. On convint que le conseil de d^artement et le conseil de la commune resteraient chacun en permanence.

Cela décidé, Pétiou se rendit à l'Hôtel de Ville, espérant n'y rester qu'uo instaot et se retirer à la mairie (aujourd'hui la préfecture de police) ; là seulement il devait se croire en sûreté. Il était convenu entre les principaux conspirateurs et lui qu'on l'y consignerait, avec une garde d'honneur pour l'empêcher de sortir; c'était le premier article de tous les programmes d'insurrection fabriqués successivement depuis quinze jours, celui à l'exécution duquel naturellement Pétion tenait le plus ^.

1. Voir les Mémoires de Barbaroux, et surtout l'incroyable aveu consigné par Pétion lui-même dans récrit qu'il publia, en 1793, sous le titre de Pièces intéressantes pmir l histoire.

4c Jfi désirais rinsurrection, dit-il, mais je tremblais qu'elle ne réussit pas. Ma position était critique; il fallait faire mon devoir de citoyen sans manquer à celui de magistrat. Il fallait conserver tous les dehors et ne point ra'écarter des formes. II y avait un combat à mort entre la cour et la liberté, et où l'une ou l'autre devait nécessairement succomber.

« Quoiqu'on eût projeté de me consigner chez moi, on oubliait, on tardait à le faire. Qui croyez- vous qui envoya, par plusieurs fois, presser rexécution de cette mesure? C'est moi, oui, c'est moi! »

tu HISTOIRE DE LA TERREUR.

Dans la journée, les membres constitutionnels de la municipalité parisienne avaient obtenu à grand* peine du maire qu'il mît sa signature au bas d'une lettre dans laquelle les Parisiens étaient invités à se tenir tranquilles, à se défier des agitateurs et à respecter la Constitution*. Il avait été convenu que des officiers municipaux porteraient cette lettre à chacune des quarante-huit sections, et l'appuieraient des adjurations les plus vives, des conseils les plus pacifiques. Naturellement, les membres du conseil général qui professaient les principes constitutionnels s'offrirent et furent acceptés pour être les messagers de la concorde. Ceux, au contraire, qui pactisaient plus ou moins secrètement avec les Jacobins déclinèrent pour la plupart l'honneur de cette délégation. Ils trouvaient à ce refus un double avantage : ils se dispensaient d'aller tenir dans les sections un langage modérateur, qui les aurait compromis vis-à-vis des frères et amis; ils restaient compactes à l'Hôtel de Ville, prêts à revêtir d'une légalité apparente les volontés de l'insurrection.

Pétion, en arrivant dans la salle du conseil général, trouve sur le bureau des lettres de Mandat, qui le pressent de se rendre au Château 2. Des avis, venant de toutes parts, annoncent bientôt que des groupes se forment, qu'on parle de sonner le tocsin et de se porter aux Tuileries. Ceux des municipaux qui ne sont pas dans la

4 . Voir le texte même de cette lettre dans VJIisloire parlementaire, de Bûchez et Roux, p. 402, t. XVI.

2. Voir le récit même de Pétion (Pièces intéressantes pour l*his^

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