LIVRE VIL
tarda pas à y renaître, et certes l'abandon dans lequel se trouvait la monarchie menacée était trop manifeste pour que la famille royale ne dût elle-même pressentir les approches du naufrage.
La reine n'avait autour d'elle que la princesse de Lamballe, la princesse de Tarente, madame de Tourzel et sa fille Pauline , quatre ou cinq autres dames attachées à sa maison et à celle des enfants de France. Depuis le départ de Pétion, la municipalité n'avait plus auprès du roi que deux de ses membres , Borie et Leroux. Le procureur-général -syndic et deux ou trois administrateurs représentaient le département. Les mi-
Anloine, la rue de Fourcy, le pont Marie, dont ils ont trouvé la tête garnie par^ un corps de gardes nalio?iales ; la Grève, où . peu de monde s'était rassemblé, les quais remplis de gardes nationales, le pont Notre-Dame et le Pont-Neuf défendus par* les troupes, et de là, en revenant, tout le reste tranquille. Voilà le résultat de leurs observations qu ils nous ont fait passer.»
<( Blondel.
ff 5 heures 1/4. ji
A ce document, nous en joignons un autre qui vient le corroborer ; c'est une lettre écrite, dans le milieu de la nuit du 9 au iO août, par le ministre de la marine, Dubouchage, à sa femme :
« Sois tranquille, ma bonne amie, il y a de grandes forces et de bonnes dispositions au Château ; d'un autre côté, nous avons des avis certains que le rassemblement ne sera pas à beaucoup près aussi considérable que les factieux l'espéraient. M. le maire, plusieurs officiers municipaux, Bf. Rœderer, sont ici; sois sans inquiétude, ton ami aura le plaisir de te revoir sain et sauf. »
Cette lettre paraît avoir été écrite vers minuit, puisqu'on y parle de la présence du maire au Château; mais elle n'arriva pas à sa destination et fut déposée sur le bureau du président dfe l'Assemblée par des garfles nationaux qui l'avaient trouvée après le sac des Tuileries. — Logographe, p. 43.
nistres , le commandant général de la garde nationale, Mandat, le commandant en second, La Chesnaye, complétaient le personnel des agents du pouvoir exécutif, restés fidèlement au poste que la loi leur assignait.
La famille royale se tenait dans la chambre du conseil. Dès qu'il survenait quelque porteur de nouvelles, tout le monde se précipitait aunlevant de lui, l'interrogeait avec anxiété; l'étiquette de la cour était levée, la reine, madame Elisabeth, succombant à la fatigue , à l'inquiétude, étaient assises sur de simples tabourets.
Quelques serviteurs fidèles , quelques amis de la dernière heure, avaient pu pénétrer jusque dans le Château ; ils erraient à travers les appartements et les cours, s' efforçant d'enflammer l'ardeur de ceux à qui était confiée la défense du souverain, de sa famille, de la royauté. Mais leur intervention, dans l'état où se trouvaient les esprits, était peut-être plus nuisible qu'utile. Tous les gardes nationaux d'une bonne volonté douteuse en prenaient prétexte pour discuter les ordres qu'on leur donnait, pour repousser toute idée de résistance. Le chef de légion, La Chesnaye, voulut un moment faire éloigner les volontaires royalistes, parce que , disait-il , ils gênaient ses dispositions militaires ; la reine lui répliqua vivement : « Je vous réponds de tous les hommes qui sont ici , ils marcheront devant , derrière , dans les rangs, comme vous voudrez ; ils sont prêts à tout ce qui pourra être nécessaire , ce sont des hommes sûrs. »
Ils n'étaient^ pas 200, beaucoup étaient des vieillards déjà glacés par l'âge. N'était-ce pas le cas de s'écrier avec Racine :