‹ Histoire de la Terreur, d'après des documents authentiques et inéditsChapitre 186 sur 267 · LIVRE Vin · texte numérisé non relu

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la sanctionner par un décret formel ; c'est ce qu'elle fait sur la motion de Bazire* qui, depuis près de douze heures, servait de compère à la commune insurrectionnelle et donnait la réplique aux délégués qu'elle envoyait jouer une des scènes de la comédie arrangée d'avance. Chose étrange! La Législative semble croire à l'utilité, à la sainteté de la foi jurée, au moment où elle laisse violer tous les serments, au moment où elle va elle-même fouler aux pieds ceux qu'elle a si souvent prêtés à la Constitution de 1791 ; elle décrète que le serment, qui a été, quelques heures auparavant, l'objet d'une acclamation spontanée, sera prononcé par chacun de ses membres, dans la forme rédigée par Thuriot et ainsi conçue :

« Au nom de la nation, je jure de maintenir la liberté et l'égalité ou de mourir à mon poste. »

L'appel nominal pour la prestation de ce serment est sans cesse interrompu par des pétitionnaires qui viennent déposer sur le bureau des bijoux et effets précieux arrachés au pillage des Tuileries, raconter quelques épisodes des scènes sanglantes qui se passent aux abords de l'Assemblée et dicter des décrets aux représentants de la nation en les menaçant de la colère du peuple s'ils tardent un instant à les voter.

4. Voici le texte du décret proposé par Bazire: « L'Assemblée conûrme provisoirement Torganisation actuelle de la municipalité de Paris. » Logographe, p. 52.

Un de ces pétitionnaires s'écrie : a Le peuple vous demande depuis longtemps la déchéance du pouvoir exécutif, et vous n'avez pas encore prononcé sa suspension. Apprenez que le feu est aux Tuileries et que nous ne ^arrêterons qu après que la vengeance du peuple sera satisfaite... »

Le président répond par des banalités à cette insolente menace. L'Assemblée accumule adresses sur adresses, proclamations sur proclamations pour tâcher de reconquérir quelque peu d'autorité sur les masses égarées ; elle prie, elle supplie tous les pétitionnaires qui se présentent à la barre de retourner auprès de leurs concitoyens pour les assurer qu'elle est prête à adopter toutes les mesures que réclament les circonstances, c'est-à-dire à obéir à toutes les injonctions qui lui seront faites^.

t. A onze heures du matin, l'Assemblée adopte cette proclamation :

a Si la première des autorités constituées est encore respectée , si

« les représentants du peuple, amis de son bonheur, ont encore sur lui

a l'ascendant de la confiance et de la raison , ils prient les citoyens et,

c( au nom de ta loi, ils leur ordonnent de lever la consigne établie à la

« mairie et de laisser paraître aux yeux du peuple le magistrat que le

« peuple chérit.

« GuADET, ex-président; Grestin, Goujon,

« Tronchon, secrétaires. »

Une heure après, elle lance une nouvelle adresse au peuple. Nous en avons retrouvé la minute, raturée, bâtonnée, chargée de renvois. Son état matériel indique bien le trouble qui agitait le rédacteur, Lamarque.

« Depuis longtemps de vives inquiétudes agitaient tous les dépaiv « tements, depuis longtemps le peuple attendait de ses représen- « tants des mesures qui pussent le sauver. Aujourd'hui les citoyens

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