LIVRE IV
royauté avant d'être abattue par la hache démagogique, et achevons de suivre les dernières ramifications des événements du 20 juin.
L'arrêté de suspension existait encore provisoirement pour Manuel, et la victoire des Jacobins ne pouvait être complète que si le procureur de- la commune obtenait, h son tour, gain de cause contre l'arrêté du département et la décision royale.
Le 16 juillet, Manuel se présente à la barre de l'Assemblée. Il n'a pu répondre plus tôt aux soupçons injurieux dont il a été l'objet : il était malade. Accumulant mensonges sur calomnies, comparaisons ampoulées sur antithèses ridicules, il s'excuse d'entretenir encore les législateurs d'une journée qui n'est, prétend-il, devenue Fameuse que « parce que la cour a voulu la grossir de tous ses vices, w 11 fait l'éloge de la municipalité et de ces patriotes purs qui sont venus, le 16 juin, planter une pique dans la salle de la maison commune, à côté du maire. « C'était là sa place, s'écrie-t-il ; car Minerve en a toujours une. » L'invasion du palais le touche peu; « les palais des rois devraient être ouverts comme les églises, et si Louis XVI avait eu l'âme de Marc-Aurèle, il serait descendu dans son jardin pour y goûter un plaisir dont il n'est plus digne... »
La droite accueille par des murmures ces insolentes absurdités ; les tribunes les applaudissent à outrance.
Manuel continue : « Jamais il n'y a eu moins de voleurs aux Tuileries que ce jour-là , les courtisans ayant pris la fuite; le bonnet rouge a honoré la tête du roi. . . ce devrait être sa couronne... Tout s'est passé dans le plus
grand calme, parce que le maire de Paris a exercé près du trône l'empire de la vertu. Quant à moi, traversant le jardin des Tuileries sans mon écharpe de procureur de la commune, conversant plutôt que commandant, j'ai été mieux à même d'apaiser les passions. »
Pour faire ressortir la grandeur de sa conduite, Manuel tonne contre celle du roi , contre celle de La Fayette... « Défendez-vous, lui crie la droite, mais ne calomniez pas ! » Après avoir encore calomnié, Manuel s'abandonne k. tout le dévergondage de son' imagination hyperbolique : « Dès lors s'élève dans les lambris du Ix)uvre, au confluent de la liste civile, un autre canal qui creuse dans les ténèbres un cachot a Pétion; le déparlement, en frappant la municipalité, explique comment, dans la fête de la loi, il représentait la loi sous la figure d'un crocodile*... Je vous redemande mon honneur, dit-il en terminant, parce que j'ai fait mon devoir; je vous redemande ma place, parce qu'elle est hérissée d'épines et de dangers. Il ne me sera permis de me reposer que lorsque vous aurez sauvé la patrie. »
Malgré les violentes réclamations de la droite, l'Assemblée vote les honneurs de la séance au procureur de la commune et l'impression de son discours.
Cependant la commission était embarrassée pour motiver la complète absolution du magistrat dont l'inaction préméditée, le 20 juin , élait une trahison manifeste de tous ses devoirs. Elle ne se pressait pas de faire son rapport. Les complices de Manuel furent obli-
r Logographej p. 214 du tome XXIV.