‹ Histoire de la Terreur, d'après des documents authentiques et inéditsChapitre 43 sur 267 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

du 20 juin, M. le maréchal Luckner a répondu en ces ternaes : « Je ne nie pas : c'est M. Bureaux de Puzy, celui « qui a élé, je crois, trois fois président de TAssenablée « nationale. Je lui ai répondu : Monsieur, je ne mènerai « jamais l'armée que je commande que contre les ennemis « du dehors. I^a Fayette est le maître de faire ce qu'il « voudra; mais s'il marche sur Paris, moi je marcherai « sur Jui, et je le dauberai, M. Bureaux de Puzy me dit Cl alors : « Mais la vie du roi est en danger ! » Voilà ce « qu'il m'a dit, et ils m'ont fait d'autres propositions qui « sont bien plus horribles. »

u Telles sont les propres expressions de M. le maréchal Luckner que nous avons entendues et que nous attestons*. »

Aussitôt après la lecture de cette pièce, Girardin demande que Guadel la signe sur le bureau des secrétaires; ce que fait Guadet, et son exemple est suivi par Brissot, Gensonné, Lamarque, Lasource et Delmas.

La droite, néanmoins, insiste pour que l'on prenne immédiatement une décision sur le rapport de la commission des douze, sauf à revenir, plus tard et après inforraalion, sur le nouveau grief imputé au général ; mais la discussion est brusquement interronipue par un des officiers de garde, qui vient annoncer au président qu'une masse énorme d'individus se porte vers le château et vers l'Assemblée. On entend sonnerie tocsin à Sain t-Roch.

4. Copié sur l'original même, signé des six députés; les comptes rendus du Jéumal des Débats et Décrets et du Moniteur présentent quelques variantes.

Au moment même parait le dieu qui apaise les tempêtes, le maire Pétion ^

« On a craint un mouvement, dit-il ; je suis intervenu, tout est calme. Plusieurs citoyens, il est vrai, voulaient entrer au jardin des Tuileries ; je m'y suis opposé, ils ont obéi. »

Les tribunes et la gaucbe font une ovation à Pétion lorsque, refusant les honneurs de la séance qui lui ont été accordés par l'Assemblée, il se retire pour aller « où son devoir l'appelle. » Après son départ, la gauche demande l'ajournement de toute décision à l'égard du général La Fayette, jusqu'à ce que l'on ait pu éclaircir le fait avancé par Guadel et ses amis.

Dans toute Assemblée nombreuse et agitée, les propositions d'ajournement ont toujours une faveur assurée, parce que les gens faibles et timorés s'y rallient pour n'avoir pas besoin de prendre une décision immédiate; ils ne prévoient pas que les choses vont bien souvent en s'aggravant, et que ce qui était difficile un jour devient impossible le lendemain.

Malgré les énergiques protestations de la droite, l'ajournement est donc accepté par la majorité.

4 . Pour ceUe partie de la séance du 21 , le compte rendu du Journal des Débats et Décrets est beaucoup plus détaillé que celui du Moniteur.

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