‹ Histoire de la Terreur, d'après des documents authentiques et inéditsChapitre 45 sur 267 · LIVRE V. 9o · texte numérisé non relu

LIVRE V. 9o

roi. Ces observations ne furent pas écoulées; la majorité, qui avait peur de l'invasion des « chevaliers du poignard, » adopta avec empressement la proposition de Fauchet. Dès lors, les émeu tiers furent maîtres d'un des principaux abords des Tuileries. Ils se tenaient en permanence sur la terrasse des Feuillants, insultant les promeneurs qui avaient encore l'audace de se risquer dans le jardin, mesurant des yeux les dernières lignes de défense que la royauté pouvait encore leur opposer.

Cette victoire de Fauchet fut suivie d'un nouveau triomphe remporté par la gauche en faveur des tribunes, ses fidèles alliées. Celles-ci avaient été si tumultueuses et si insolentes le 21 juillet, que la droite crut pouvoir tenter un suprême effort pour réprimer leur tyrannie toujours croissante.

Le lendemain même de ce jour, Deusy, l'un des constitutionnels les plus considérés et les plus courageux, réclame des mesures pour réduire les spectateurs au silence. Cette proposition est naturellement accueillie par les plus violents murmures de la gauche. Torné demande le renvoi de la proposition à l'inquisition de Portugal. Choudieu déclare « qu'elle ne peut venir que de députés ce qui oublient le respect dû au peuple, leur souverain c( et leur juge... »

A ces mots éclate un tumulte effroyable que le président Aubert-Dubayet ne peut parvenir à dominer. Est-ce que vous avez peur, lui crie-t-on? « Quand vous aurez « mon courage, vous pourrez parler ainsi, » réplique à l'interrupteur celui qui devait, un an plus tard, s'illustrer par la défense de Mayence.

La droite, craignant de succomber en insistant pour l'adoption de nouvelles mesures, demande seulement que Ton fasse imprimer et placarder de nouveau, dans les tribunes, la loi qui interdit toute marque d'improbation ou d'approbation. On lui refuse cette satisfaction presque dérisoire; l'Assemblée passe à l'ordre du jour motivé sur l'existence de la loi , et consacœ ainsi la domination qui tous les jours s'appesantissait sur elle.

Le 22 juillet il avait été rendu, sur la proposition de Lacroix, un décret ainsi conçu :

« L'Assemblée nationale décrète : 1" que M. Bureaux de Puzy sera tenu de comparaître à sa barre, pour rendre compte, en ce qui le concerne, du fait dénoncé par M. Gensonné, relatif au projet de faire marcher les deux: armées sur Paris; 2* que MM. Luckner et I^ Fayette donneront séparément et par écrit des explications positives sur le même fait, et que copie de la dénonciation leur sera envoyée avec le présent décret, »

Jusqu'au 28 juillet, en dépit des vives et incessantes réclamations des Jacobins et de leurs amis, on ne s'occupa point de La Fayette au sein de l'Assemblée. ËnBn ce jour-là, le président reçut la lettre suivante :

« Monsieur le président,

» Je me suis rendu à Paris aussitôt que j'ai pu me conformer au décret du Corps législatif qui m'y a mandé ;

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