‹ Histoire de la Terreur, d'après des documents authentiques et inéditsChapitre 60 sur 267 · LIVRE V. 4t · texte numérisé non relu

LIVRE V. 4t

une occasion de passionner le débat et se jette dans ses divagations habituelles. Ce sera à ses amis à s'emparer de l'incident qu'il va faire naître.

« Tous les décrets de l'Assemblée, 8*écrie-t-il , ne peuvent étouffer l'opinion publique. S'il est prouvé à la nation que le Corps législatif ne trouve point dans la constitution assez de pouvoir pour agir, nulle puissance ne pourra l'empêcher de se sauver elle-même. Quand bien même le pouvoir exécutif sortirait blanc comme neige de cette discussion , le peuple français aura toujours le droit incontestable de changer sa constitution. . . » A ces mots la droite se soulève, demande, exige le rappel à l'ordre du député qui « viole le serment qu'il a prêté. »

Le président, Lafond-La débat, prononce le rappel, mais aussitôt Choudieu s'élance à la tribune, demande ou plutôt prend la parole, accuse le président d'avoir méconnu la souveraineté du peuple français, consacrée par la constitution. Se touraant vers la droite, il s'écrie : « Je prie mes adversaires de faire silence et de m'écouter ! Voici les propres termes de la constitution : « L'Assemblée constituante déclare que la nation a le « droit imprescriptible de changer sa constitution. » Je dis qu'il n'est plus de constitution, qu'il n'y a plus de principes sacrés, si vous n'^arrêtez l'audace de vos présidents... Je demande donc que le président soit rappelé à Tordre et à ce qu'il doit à la majesté de la nation. »

La gironde fait cause commune avec la montagne. Isnard insiste pour qu'un blâme solennel « vienne rassurer le peuple sur sa souveraineté. » Lacroix invite

Lafond-Ladebat à réparer lui-même sa propre faute. Mais celui-ci n'accepte pas la générosité de Lacroix, il fait lire la constitution par l'un des secrétaires. « Point de chancelier! justifiez-vous vous-même! » lui crie-t-on. Le président lit l'article sur la révision et déclare que, dans son opinion, en rappelant Chabot à l'ordre, il ne s'est point écarté du pacte fondamental ; mais que, comme son opinion ne peut faire loi, il va consulter l'Assemblée pour savoir si elle la partage. On lui crie à gauche de quitter le fauteuil ; Lafond-Ladebat en descend. Un des ex-présidents, Aubert-Dubayet, l'y remplace et consulte l'Assemblée. Celle-ci déclare que son président sera rappelé à l'ordre.

Ainsi se termina cette scène presque unique dans les fastes parlementaires. La majorité abaissa la dignité présidentielle devant cet ignoble et impudent personnage qu'on appelait Chabot ; la montagne reconnut une fois de plus qu'à force d'insistance, de bruit et de clameurs, elle réussirait à imposer à l'Assemblée ses volontés turbulentes.

Poussés, pressés, harcelés par la montagne, les girondins sentirent qu'ils ne pouvaient pas rester longtemps encore dans l'expectative. Ils se distribuèrent les rôles : Guadet se chargea des menaces, Brissot des avances à faire au pouvoir exécutif.

Le 26, Guadet vint, au nom de la commission extraordinaire, présenter un projet d'adresse au roi. C'était une

Page 1