LIVRE VI
malheur, vers la rue Saint-Florentin, un grenadier a de nouveau provoqué les Marseillais, qui cheminaient tranquillement formés en bataillon carré ; ceux-ci n'ont pu se contenir, et « il a vu leurs sabres tomber sur lui ! »
A ces mots, dont il est impossible de ne pas admirer Teuphémisme pour expliquer un meurtre abominable , une partie des tribunes applaudit; l'Assemblée se contente de passer à l'ordre du jour, sous prétexte que la justice seule est compétente pourconnaître de toute cette aflaire.
La nuit ne fut pas troublée, mais durant toute la journée du lendemain, on eut des craintes très-vives aux Tuileries *. Les meneurs, qui déjà avaient manqué leur coup deux fois, paraissaient vouloir profiter de la sur-
I. Voici deux billets qui prouvent les inquiétudes que Ton eut au château et à Tétat-major de la garde nationale dans la journée du 31.
« Paris, le 31 juillet.
a Au maire de Paris.
il Le roi me charge, Monsieur, de vous inviter à vous rendre à une heure auprès de lui, pour concerter les mesures nécessaires au maintien de la tranquillité publique.
« Le ministre de l'intérieur,
« Signé : Champion. »
d GARDE NATIONALE PARISIENNE, ÉTAT-MAJOR GENERAL.
« Au maire de Paris.
(c Je viens d'apprendre. Monsieur, que l'intention pour les rassemblements, s'ils ont lieu, est de faire battre la générale dans le faubourg Saint-Antoine, à quatre heures du matin. Si cela avait lieu, je pense que je dois être autorisé à la faire battre de mon côté. J'enverrai de bonne heure au faubourg pour m'en assurer; je vous de-
1b4 HISTOIRE DE LA TERREUK.
excitation des esprits pour brus(juer l'insurrection; on parlait de faire battre la générale; mais, comme les précautions de l'autorité paraissaient prises et que les préparatifs insurrectionnels n'étaient pas complets, Taffaire fut encore remise.
Aux séances du 31 juillet et du 1"' août, de nouvelles dé[)utations de gardes nationaux viennent se plaindre des infâmes agressions dont leurs camarades ont été victimes; mais ces plaintes sont accueillies par les vociférations des tribunes. Une partie de TAssembléeselève, indignée de tant d'audace. Dumolard s'écrie : « Entendezvous les hurlements de ces cannibales? » — « Rappelez-leur, ajoute Leroy, que des Français ont péri hier par la main de leurs frères. »
Guadet vient , au nom de la commission extraordinaire, faire un rapport sur les pétitions contradictoires présentées pour et contre le départ des Marseillais. Il déclare qu'il serait vraiment dérisoire d'envoyer en ce moment à Soissons les fédérés de Marseille, puisque l'on apprend, par une lettre de la municipalité, que rien n'est encore pvH au camp, et que les volontaires qui s'y
mande votre réquisition pour ce cas-là. J'ai pris mes précautions, suivant ce que vous m'avez dit aujourd'hui, pour le Château. J'attends votre réponse par le porteur.
« Le commandant général,
« Signé : Mandat, »