LIVRE VI
verainelé du peuple ou qu'elle sache périr sous les coups des factieux. »
On murmure à l'extrême gauche. A droite, on répond : « Oui , oui , nous mourrons plutôt que de nous laisser dominer par les factieux.» Mais Vergniaud paraît à la tribune ; il vient lire le rapport de la commission extraordinaire sur l'arrêté Mauconseil et proposer ce décret :
« L'Assemblée nationale, considérant que la souveraineté appartient à tout le peuple, et non à une section du peuple ; qu'il n'y aurait plus ni gouvernement ni constitution , qu'on serait livré à tous les désordres de Tanarchie et des discordes civiles, si chaque section isolée de l'empire pouvait délibérer qu'elle se dégage elle-même de telle partie de ses serments qui pourrait lui déplaire , et refuse obéissance à celles des lois ou à celles des autorités constituées qu'elle ne voudrait plus reconnaître ;
ce Considérant que, si un amour ardent de la liberté a seul déterminé les citoyens de la section de Mauconseil à prendre la délibération ou arrêté qu'elle a envoyé aux autres sections, il importe néanmoins à l'ordre social de réprimer des écarts qui pourraient avoir les suites les plus funestes;
« Décrète qu'il y a urgence.
« L'Assemblée nationale, après avoir décrété l'urgence, annule comme inconstitutionnelle la délibération ou arrêté de la section de Mauconseil, invite tous les citoyens à renfermer leur zèle dans les limites de la loi, et à se mettre en garde contre les intrigues de ceux qui,
par sa violation, cherchent à compromettre la tranquillité publique et la liberté elle-même. »
Le blâme de Yergniaud et de ses amis était , on le voit, très-adouci dans la forme; Taudace de la section Mauconseil était expliquée, sinon excusée, par son ardent amour de la liberté ; mais enCn c'était un blâme , et ce blâme était infligé par la gauche. Le décret fut adopté sans discussion par l'Assemblée, revêtu le jour même de la sanction royale^ et transmis immédiatement par le ministre de l'intérieur au directoire du département. Quoique privé de ses membres les plus énergiques, le directoire crut devoir saisir cette occasion pour essayer de prouver aux démagogues qu'il avait encore à leur opposer quelque force de résistance. Il ordonna au maire de faire publier le décret d'annulation à son de trompe dès le lendemain matin, 5 août, et d'entourer cette proclamation de tout l'appareil désirable.
Mais la municipalité avait appris à braver les arrêtés du département. Les règles de la hiérarchie, tracées sur le papier par la Constituante, n'avaient-elles pas été rayées d'un trait de plume par la Législative, le jour où elle avait amnistié Pétion et Manuel ?
Au reçu de la lettre départementale , le maire , pour couvrir sa responsabilité, s'empressa de convoquer le conseil général de la commune. Celui-ci, fidèle aux inspirations de son président, se posa insolemment en contradicteur* de l'autorité à laquelle il était légalement subordonné; il déclara que, l'acte du Corps législatif étant conçu dans les termes ordinaires, il n'y avait pas lieu de suivre, pour sa promulgation , les formes prescrites par l'arrêté